‹ P.-J. de BérangerChapitre 12 sur 147 · ÉPILOGUE D'UN POÈME PASTORAL · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE D'UN POÈME PASTORAL

Pourquoi faut-il, dans un siècle de gloire, Mes vers et moi, que nous mourions obscurs?

Jamais, hélas ! d'une noble harmonie L'antiquité ne m'apprit les secrets; L'instruction, nourrice du génie, De son lait pur ne m'abreuva jamais.

Que demander à qui n'eut point de maître? Du malheur seul les leçons m'ont formé, Et ces épis que mon printemps voit naître Sont ceux d'un champ où ne fut rien semé. Ah ! je voudrais, par d'agrestes images, Cher protecteur, vous qui fuyez les cours, Vous attacher aux paisibles ombrages Dont les parfums révèlent tant d'amours. Dieu pour les champs garde aussi des orages, Mais que bien vite il leur rend de beaux jours ! Vous qui fouillez sous cette arène antique (1) Où triomphaient les rois de l'univers, Que reste-t-il de leur pompe héroïque?

De vains débris et des tombeaux déserts. Là, pour les grands quelle leçon profonde ! Fuissiez-vous donc, attentif à ma voix, Plein des vertus que le calme féconde, Aimer les champs, la retraite et les bois ! Oui, fier du sort dont vous avez fait choix, Kestez, restez, pour l'exemple du monde, Libre de l'or qui pèse au front des rois.

Ma Biographie, 79.

La censure impériale s'opposa à la publication de l'ouvrage à cause de cet épilogue et aussi parce que Lucien, à qui était dédié le recueil, était tombé dans une furieuse disgrâce. Obligé de quitter l'actualité, s'il voulait être publié, Béranger revint aux personnages du quatorzième et du seizième siècle : il composa, pour la musique de son Mini Wilhem, les Adieux de Marie Stuart et Charles VII, deux romances dans le goût du temps, avec des vers romanesques, héroïques et attendrissants. Leur vogue fut

(1) M. Lucien a fait faire, dans les environs de Rome, des fouilles considérables. (Noie de Béranger.)

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immense dès leur apparition. Et l'on a bien longtemps chanté les strophes de Charles VII.

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