ANALYSE DES CHANSONS
saire des Bourbons, il est même tout prêt à leur faire crédit, pour quelques mots heureux qu'ils ont prononcés depuis leur retour, mais il les accepte surtout, parce qu'ils promettent de s'appuyer sur des Français, non sur les émigrés, ni sur les étrangers. Et cela il ne craint pas de le chanter en personne, devant les généraux russes. On sait comment Louis XVIII devait tenir ces promesses. Au 20 mars, quand Napoléon revient de l'île d'Elbe, Béranger fait comme Benjamin Constant, il se met du côté des aigles. Et tout comme Benjamin Constant, qui rédigeait le fameux acte additionnel à la Charte, il rédige, sous le titre voilé du Traité de politique à V usage de Lise, une sorte de consultation, très judicieuse et très libérale, ta l'usage du souverain. Elle fut publiée dans les journaux du temps, mais ne figura pas dans le recueil de 1815, car, au lendemain de Waterloo, elle eût passé pour un cruel manque d'égard envers le vaincu.
Cette fois, loin de prendre gaiement son parti de la défaite, le chansonnier s'indigne de la trahison et de la bassesse de ces Français qui livrent la France aux envahisseurs ; il leur attribue V Opinion de ces demoiselles, c'est-à-dire les sentiments inavouables des filles, qui voient dans les envahisseurs autant de pigeons à plumer. Pour lui, il s'avoue découragé, désespéré, il ne fera plus de politique. Que sa mie se rassure; si son pays, si la gloire de ses armes ont eu trop de part à ses amours, c'est fini : il rien parlera plus.
Mais les excès de la réaction, l'insolence des vainqueurs, les lâches palinodies des anciens courtisans de l'empereur, devenus les courtisans du roi, excitent sa verve ; il entame dans trois chansons de cette année 1815, Vieux habits! Vieux Galons! Requête présentée par les chiens de qualité, la Censure, cette lutte contre la Restauration qui lui inspirera les chansons les plus populaires des recueils suivants. Pour le moment il ménage encore le roi et les ministres, mais déjà il attaque l'esprit du régime et l'orientation de sa politique. C'est un libéral.