‹ P.-J. de BérangerChapitre 25 sur 147 · OU RÉFLEXIONS MORALES ET POLITIQUES · texte numérisé non relu

OU RÉFLEXIONS MORALES ET POLITIQUES

d'un marchand d'habits DE LA CAPITALE (Première Restauration 1814.)

Air : Vaudeville des deux Edmond.

Tout marchands d'habits que nous sommes, Messieurs, nous observons les hommes ; D'un bout du monde à l'autre bout,

L'habit fait tout.

Dans les changements qui surviennent, Les dépouilles nous appartiennent :

Toujours en grand nous calculons.

Vieux habits ! vieux galons !

Parfois en lisant la gazette, Comme tant d'autres, je regrette Que tout Français n'ait pas gardé

L'habit brodé.

Mais, j'en crois ceux qui s'y connaissent, Les anciens préjugés renaissent, On va quitter les pantalons.

Vieux habits ! vieux galons !

Les modes et la politique Ont cent fois rempli ma boutique ; Combien on doit à leurs travaux

D'habits nouveaux !

Quand de nos déesses civiques On met en oubli les tuniques, Aux passants nous les rappelons.

Vieux habits ! vieux galons !

Un temps fameux par cent batailles Mit du galon sur bien des tailles ;

De galon même étaient couverts

Les habits verts (1).

Mais sans le bonheur point de gloire ! Nous seuls, après chaque victoire, Nous avons ce que nous voulons.

Vieux habits ! vieux galons !

Nous trouvons aussi notre compte Avec tous les gens qui, sans honte, Savent, clans un retour subit,

Changer d'habit.

Les valets, troupe chamarrée, Troquant aujourd'hui leur livrée, Que d'habits bleus (2) nous étalons !

Vieux habits ! vieux galons !

Les défenseurs de nos grands-pères, Sortant de leurs nobles repaires, Reprennent enfin à leur tour

L'habit de cour.

Chez nous retrouvant leurs costumes, Avec talons rouges et plumes, Ils vont régner dans les salons Vieux habits ! vieux galons !

Sans nul égard pour nos scrupules, Si la foule des incrédules Mit au nombre de ses larcins L'habit des saints, Au nez de plus d'un philosophe Je vais en revendre l'étoffe :

De piété nous redoublons.

Vieux habits ! vieux galons !

Longtemps vantés dans chaque ouvrage, Des grands qu'aujourd'hui l'on outrage, Portent au fond de leurs manoirs

Des habits noirs.

Mais, grâce à nous, vont reparaître

(1) La livrée impériale, vert et or.

(2) La livrée royale.

ERANGER. — C1IAP. III

Ces manteaux qu'eux-mêmes peut-être

'Prouvaient bien pesants et bîen longs.

Vieux habits ! vieux galons !

De m'enrichir j'ai l'assurance :

L'on fêtera toujours en France, En ville, au théâtre, à la cour,

L'habit du jour.

Gens vêtus d'or et d'écarlate, Pendant un mois chacun vous flatte :

Puis à vos portes, nous allons.

Vieux habits ! vieux galons !

Œuvres, 1, 1G2.

KEQUÊTE

PRÉSENTÉE PAR LES CHIENS DE QUALITÉ POUR OB- TENIR QU'ON LEUR RENDE L'ENTREE LIBRE AU JARDIN DES TUILERIES

(Juin 1814.)

Air : Faut d'ia vertu, pas trop n'en faut.

Puisque le tyran est à bas, ) „ .

Laissez-nous prendre nos ébats. ) IS'

Aux maîtres des cérémonies Plaise ordonner que, dès demain, Entrent sans laisse aux Tuileries Les chiens du faubourg Saint-Germain.

Puisque, etc.

Des chiens dont le pavé se couvre, Distinguez-nous à nos colliers.

On sent que les honneurs du Louvre Iraient mal ;à ces roturiers.

Puisque, etc.

Quoique toujours, sous sou empire, L'usurpateur nous ait chassés, Nous avons laissé sans mot dire Aboyer tous les gens pressés.

Puisque, etc.

Quand sur son règne on prend des notes, Grâce pour quelques chiens félons !

Tel qui longtemps lécha ses bottes Lui mord aujourd'hui les talons.

Puisque, etc.

En attrapant mieux que des puces, On a vu carlins et bassets Caresser Allemands et Paisses Couverts encor du sang français...

Puisque, etc.

ÎNous promettons, pour cette grâce, Tous, hors quelques barbets honteux, De sauter pour les gens en place, De courir sur les malheureux. Puisque le tyran est à bas, ) R.

Laissez-nous prendre nos ébats. ) '

Œuvres, 1, 145.

TKAITE DE POLITIQUE a l'usage de lise (Cent-Jours, mai 1815.)

Air : Un magistrat irréprochable.

Lise, qui règnes par la grâce Du dieu qui nous rend tous égaux, Ta beauté, que rien ne surpasse, Enchaîne un peuple de rivaux.

Mais, si grand que soit ton empire, Lise, tes amants sont Français ;

De tes erreurs permets de rire, Pour le bonheur de les sujets.

Combien les belles et les princes Aiment l'abus d'un grand pouvoir !

Combien d'amants et de provinces Poussés enfin au désespoir!

Crains que la révolte ennemie Dans ton boudoir ne trouve accès ; Lise, abjure la tyrannie, Pouf le bonheur de tes sujets.

Par excès de coquetterie,.

Femme ressemble aux conquérants, Qui vont bien loin de leur patrie Dompter cent peuples différents.

Ce sont de terribles coquettes !

N'imite pas leurs vains projets.

Lise, ne fais plus de conquêtes, Pour le bonheur de tes sujets.

Grâce aux courtisans pleins de zèle, On approche des potentats Moins aisément que d'une belle Dont un jaloux suit tous les pas.

Mais sur ton Ut, trône paisible, Où le plaisir rend ses décrets, Lise, sois toujours accessible, Pour le bonheur de tes sujets

Lise, en vain un roi nous assure Que, s'il règne, il le doit aux cieux, Ainsi qu'à la simple nature, Tu dois de charmer tous les yeux.

Bien qu'en des mains comme les tiennes Le sceptre passe sans procès, De nous il faut que tu le tiennes, Pour le bonheur de tes sujets.

Pour te faire adorer sans cesse, Mets à profit ces vérités,

Lise, deviens bonne princesse,

Et respecte nos libertés.

Des roses que l'amour moissonne,

Ceins ton front tout brillant d'attraits,

Et garde longtemps ta couronne,

Pour le bonheur de tes sujets.

Œuvres, I, 267.

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