‹ P.-J. de BérangerChapitre 42 sur 147 · MON AME · texte numérisé non relu

MON AME

Air des Scythes et des Amazones.

C'est à table, quand je m'enivre De gaîté, de vin et d'amour,

Qu'incertain du temps qui va suivre, J'aime à prévoir mon dernier jour. (Bis.)

Il semble alors que mon âme me quitte :

Adieu, lui dis-je, à ce banquet joyeux ;

Ah ! sans regret, mon âme, partez vite ; ) R .

En souriant remontez dans les cieux. j ' Remontez, remontez dans les cieux... (Bis.)

Vous avez vu tomber la gloire

D'un Ilion trop insulté,

Qui prit l'autel de la Victoire

Pour l'autel de la Liberté.

Vingt nations ont poussé de Thersite Jusqu'en nos murs le char injurieux.

Ah ! sans regret, etc.

Cherchez au-dessus des orages

Tant de Français morts à propos,

Qui, se dérobant aux outrages,

Ont au ciel porté leurs drapeaux.

Pour conjurer la foudre qu'on irrite, Unissez-vous à tous ces demi-dieux.

Ah! sans regret, etc.

La Liberté, vierge féconde, Règne aux cieux qui vous sont ouverts.

L'amour seul m'aidait en ce monde A traîner de pénibles fers.

Mais, dès demain, je crains qu'il ne m'évite ; Pauvre captif, demain je serai vieux.

Ah ! sans regret, etc..

Œuvres, II, 41.

LE MARQUIS DE CARABAS (Novembre 1816.)

Air du Roi Dagobert.

Voyez ce vieux marquis Nous traiter en peuple conquis ;

Son coursier décharné De loin chez nous l'a ramené.

Vers son vieux castel Ce noble mortel Marche en brandissant Un sabre innocent.

Chapeau bas ! chapeau bas !

Gloire au marquis de Carabas !

Aumôniers, châtelains, Vassaux, vavassaux et vilains, C'est moi, dit-il, c'est moi Qui seul ai rétabli mon roi.

Mais, s'il ne me rend Les droits de mon rang, Avec moi, corbleu !

Il verra beau jeu.

Chapeau bas ! etc.

Pour me calomnier, Bien qu'on ait parlé d'un meunier,

Ma famille eut pour chef Un des fils de Pépin le Bref.

D'après mon blason, Je crois ma maison Plus noble, ma foi, Que celle du roi.

Chapeau bas ! etc.

Qui me résisterait?

La marquise a le tabouret.

Pour être évêque un jour, Mon dernier fils suivra la cour.

Mon fils le baron, Quoiqu'un peu poltron, Veut avoir des croix ; Il en aura trois.

Chapeau bas ! etc.

Vivons donc en repos.

Mais ronrm'ose parler d'impôts !

A l'État, pour son bien,

Un gentilhomme ne doit rien.

Grâce à mes créneaux, A mes arsenaux, Je puis au préfet Dire un peu son fait.

Chapeau bas ! etc.

Prêtres que nous vengeons, Levez la dîme, et partageons ;

Et toi, peuple animal, Porte encor le bât féodal.

Seuls nous chasserons, Et tous vos tendrons Subiront Fhonneur Du droit du seigneur.

Chapeau bas ! etc.

Curé, fais ton devoir ; Kemplis pour moi ton encensoir.

Vous pages et varlets, Guerre aux vilains, et rossez-les !

Que de mes aïeux Ces droits glorieux Passent tout entiers A mes héritiers.

Chapeau bas ! chapeau bas !

Gloire au marquis de Carabas !

Œuvres, II, 25.

LA VIVANDIERE

Ajr : Demain matin, au point du jour.

Vivandière du régiment,

C'est Catin qu'on me nomme.

Je vends, je donne et bois gaîment Mon vin et mon rogomme.

J'ai le pied leste et l'œil mutin, Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;

84 = BËRANGER. — < : JI A I» . IV ==

J'ai le pied leste et l'œil mutin :

Soldats, voilà Catin !

Je fus chère à tous nos héros ;

Hélas ! combien j'en pleure !

Aussi soldats et généraux

Me comblaient, à toute heure, D'amour, de gloire et de butin, Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ; D'amour, de gloire et de butin :

Soldats, voilà Catin !

J'ai pris part à tous vos exploits En vous versant à boire.

Songez combien j'ai fait de fois Rafraîchir la Victoire.

Ça grossissait son bulletin, Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ; Ça grossissait son bulletin :

Soldats, voilà Catin !

Depuis les Alpes je vous sers ;

Je me mis jeune en route :

A quatorze ans, dans les déserts, Je vous portais la goutte.

Puis j'entrai dans Vienne un matin, Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ;

Puis j'entrai dans Vienne un matin Soldats, voilà Catin!

De mon commerce et des amours

C'était le temps prospère.

A Rome je passai huit jours, Et de notre saint-père Je débauchai le sacristain, Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ; Je débauchai le sacristain :

Soldats, voilà Catin !

J'ai fait plus que maint duc et pair Pour mon pays que j'aime.

A Madrid si j'ai vendu cher, Et cher à Moscou même,

J'ai donné gratis à Pantin, Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ; J'ai donné gratis à Pantin :

Soldats, voilà Catin !...

Si je vois de nos vieux guerriers

Pâlis par la souffrance, Qui n'ont plus, malgré leurs lauriers, De quoi boire à la France, Je refleuris encor leur teint, Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ; Je refleuris encor leur teint :

Soldats, voiLà Catin !

Mais nos ennemis, gorgés d'or,

Paieront encore à boire.

Oui, pour vous doit briller encor Le jour de la victoire.

J'en serai le réveil-matin, Tintin, tintin, tintin, r'lin tintin ; J'en serai le réveil-matin :

Soldats, voiLà Catin !

Œuvres, II, 85.

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