ADIEUX A LA CAMPAGNE
Air : Muse des lois et des accords champêtres.
Soleil si doux au déchu de l'automne, Arbres jaunis, je viens vous voir encor : N'espérons plus que la haine pardçmne A mes chansons leur trop rapide essor.
Dans cet asile, où reviendra Zéphire, J'ai tout rêvé, même un nom glorieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire : Échos des bois, répétez mes adieux.
Comme l'oiseau, libre sous la feuillée, Que n'ai-je ici laissé mourir mes chants, Mais de grandeur la France dépouillée Courbait son front sous le joug des méchants. Je leur lançai les traits de la satire ; Pour mon bonheur l'amour m'inspirait mieux. Ciel, etc.
Déjà leur rage atteint mon indigence ;
Au tribunal ils trament ma gaîté ;
D'un masque saint ils couvrent leur vengeance :
Rougiraient-ils devant ma probité?
Ah ! Dieu n'a point leur cœur pour me maudire L'Intolérance est fille des faux dieux.
Ciel, etc.
Sur des tombeaux si j'évoque la Gloire, Si j'ai prié pour d'illustres soldats, Ai-je à prix d'or, aux pieds de la Victoire, Encouragé le meurtre des États?
Ce n'était point le soleil de l'Empire Qu'à son lever je chantais dans ces lieux. Ciel, etc.
Sur ma prison vienne au moins Philomèle ! Jadis un roi causa tous ses malheurs.
Partons : j'entends le geôlier qui m'appelle ; Adieu les champs, les eaux, les prés, les fleurs. Mes fers sont prêts : la liberté m'inspire, Je vais chanter son hymne glorieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Échos des bois, répétez mes adieux.
Œuvres, II, 344.