LES CONSEILS DE LISE
CHANSON ADRESSÉE A M. J. LAFFITTE, QUI M'AVAIT PROPOSÉ UN EMPLOI DANS SES BUREAUX POUR RÉ- PARER LA PERTE DE MA PLACE A L' UNI VERSITÉ.
Air de la Treille de sincérilé.
Lise à l'oreille Me conseille ; Cet oracle me dit tout bas :
Chantez, monsieur, n'écrivez pas. (Bis.) Un doux emploi pourrait vous plaire, Me dit Lise ; mais songez bien, Songez bien au poids du salaire, Même chez un vrai citoyen. (Bis.) Kester pauvre vous est facile, Quand l'Amour, afin de l'user, Vient remonter ce luth fragile Que Thémis a voulu briser.
Lise, etc.
Dans l'emploi qu'un ami vous offre, Vous n'oseriez plus, vieil enfant, Célébrer, au bruit de son coffre, Les droits que sa vertu défend ; Vous croiriez voir à chaque rime Les sots, doublement satisfaits, De vos chansons lui faire un crime, Vous en faire un de ses bienfaits.
Lise, etc.
Votre Muse en deviendrait folle, Et croirait flatter en disant Que sur la droite du Pactole Intrigue et ruse vont puisant ;
Tandis qu'une noble industrie Puise à gauche, et de toute part Reverse à flots sur la patrie Un or dont le pauvre a sa part.
Lise, etc.
Ainsi mon oracle m'inspire, Puis ajoute ce dernier point :
Des distances l'Amour peut rire ; L'Amitié n'en supporte point. (Bis.) Riche de votre indépendance, Chez Lafntte toujours fêté, En trinquant avec l'opulence.
Vous boirez à l'égalité.
Lise à l'oreille Me conseille ; Cet oracle me dit tout bas :
Chantez, monsieur, n'écrivez pas. (Bis.)
Œuvres, II, 375.