‹ P.-J. de BérangerChapitre 62 sur 147 · LES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

LES HIRONDELLES

Air de la Romance de Joseph.

Captif au rivage du More, Un guerrier, courbé sous ses fers, Disait : Je vous revois encore, Oiseaux ennemis des hivers.

Hirondelles, que l'espérance Suit jusqu'en ces brûlants climats, Sans doute vous quittez la France :

De mon pays ne me parlez-vous pas?

Depuis trois ans je vous conjure De m'apporter un souvenir Du vallon où ma vie obscure Se berçait d'un doux avenir.

Au détour d'une eau qui chemine A flots purs, sous de frais hlas, Yous avez vu notre chaumine :

De ce vallon ne me parlez- vous pas?

L'une de vous peut-être est née Au toit où j'ai reçu le jour ; Là, d'une mère infortunée Vous avez dû plaindre l'amour.

Mourante, elle croit à toute heure Entendre le bruit de mes pas ; Elle écoute, et puis elle pleure :

De son amour ne me parlez-vous pas?

Ma sœur est-elle mariée?

Avez-vous vu de nos garçons La foule, aux noces conviée, La célébrer dans leurs chansons?

Et ces compagnons du jeune âge Qui m'ont suivi dans les combats, Ont-ils revu tous le village? De tant d'amis ne me parlez-vous pas?

Sur leurs corps l'étranger, peut-être, Du vallon reprend le chemin :

Sous mon chaume il commande en maître, De ma sœur il trouble l'hymen.

Pour moi plus de mère qui prie, Et partout des fers ici-bas.

Hirondelles de ma patrie, De ses malheurs ne me parlez- vous pas?

Œuvres, III, 42.

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