‹ P.-J. de BérangerChapitre 8 sur 147 · DORANTE, VALÈRE, LOYAL · texte numérisé non relu

DORANTE, VALÈRE, LOYAL

dorante, faussant compagnie à V avoué Lagriffardière. J'échappe de ses mains... Ouf ! je suis harassé ! Qu'il feuillette lui seul ses nombreuses liasses ; J'étouffais au milieu de tant de paperasses... Qui me délivrera des affaires?

SATIRES ET COMEDIES i'à

valère, V abordant d'un calé.

Bon joui-.

loyal, du côté opposé.

Serviteur! Eu vertu d'un arrêt de la cour, Dûment signifié...

DORANTE

Ciel ! encore une affaire !

VALÈRE

Vous devez sur uu point, monsieur, me satisfaire.

DORANTE

Deux affaires d'un coup ! parbleu, me voilà bien !

LOYAL

D'une digne comtesse il faut rendre le bien.

valère, à Loyal.

Tais-toi. (ADorante.) L'honneur blessé n'admet qu'une vengeance, Je la demande.

LOYAL

Et moi, je demande audience.

DORANTE

Parlez, mon cher Valère ; huissier, parlez aussi.

VALÈRE

Est-ce l'instant, monsieur, de plaisanter ainsi?

LOYAL

Plaisante qui voudra, moi, j'ai bon caractère.

dorante, à Valère.

Se fâche-t-on?

loyal, présentant la sentence.

Lisez : puis-je faire inventaire?

valère, à Dorante.

Me ferez-vous raison?

dorante Quoi, toujours de l'humeur!

valère Vous traitez lestement les affaires d'honneur...

loyal Les affaires d'honneur ne sont point mes affaires. Monsieur, lisez l'arrêt.

VALÈRE

Vous ne répondez guères.

DORANTE

Vous êtes jeune encor, monsieur le chevalier.

14 BERANGEIt. — GHAP. II

VALÈRE

Et vous, monsieur?

LOYAL

Je Us : « De juillet !e premier, Par de...

DORANTE

Te tairas-tu !

loyal, continuant.

devant...

DORANTE

Crains qu'à la porte...

LOYAL

Je puis verbaliser, près d'ici j'ai main-forte.

VALÈRE

Sur la place, ici près, dans une heure au plus tard, Je vous attends.

DORANTE

Quelle heure est-il?

valère, regardant à sa montre.

Une heure un quart, A ma montre ; à la vôtre?

dorante

Elle n'est point montée.

LOYAL

La justice, à la fin, sera-t-elle écoutée? Qu'on m'ouvre tout ici pour inventorier.

VALÈRE

Quelle arme preDez-vous?

loyal, s'apprêtant à écrire.

La plume et l'encrier.

DORANTE

Un chevalier français ne se bat qu'à l'épée.

VALÈRE

Soit.

loyal, à part.

Des armes?... Veut-il me faire une équipée?... Qu'il parle d'épée, oui, mais non point de bâton, Car je me fâcherais...

Œuvres inédiles, 51.

Le Paresseux a eu les honneurs de la scène, en 1907, au théâtre du Parc, à Bruxelles ; on lui fit le succès que l'on

fait aujourd'hui aux jolies piécettes, écrites dans le goût du dix-huitième siècle.

La Vieille femme et le jeune mari, livret d'opéra-comique, est la meilleure des productions dramatiques de Bélanger. Il fut écrit en dix jours, à la prière de Wilhem, qui en avait composé la musique. C'est une critique, spirituelle et acerbe, de ces femmes âgées, qui s'offrent, à prix d'argent, de jeunes maris et que tourmentent ensuite la jalousie et l'avarice.

Le comité de lecture du théâtre impérial de l'Opéra- Comique lut la Vieille femme et le jeune mari, en assemblée générale, le 26 juillet 1810. C'est Béranger qui inscrivit la chose et la date sur son manuscrit, avec cette mention : Pièce refusée, comme étant immorale, ce qui est très édifiant de la part de MM. les comédiens. Ce fut toute sa vengeance.

Entre ses comédies et son opéra-comique, Béranger subit une influence profonde, qui faillit orienter dans un sens entièrement opposé sa vocation poétique. Chateaubriand venait de publier le Génie du Christianisme. Enthousiasmé par ces doctrines nouvelles et la forme prestigieuse dans laquelle elles étaient présentées, le jeune poète s'efforça de restaurer en lui les croyances et les pratiques catholiques de son enfance ; il voulut également y chercher l'inspiration de ses œuvres et ne plus composer que des poèmes chrétiens.

A ce projet, se rattache l'idée d'un poème épique sur Clovis. Des labeurs de cette épopée, il nous reste deux vers, en effet très laborieux, sur l'origine des Gaulois :

Les crois-tu de la terre enfants nés sans aïeux? Us n'étaient pas encore que le monde était vieux.

Au Clovis abandonné à son tour, succédèrent des Dithyrambes, le Déluge, le Rétablissement du culte, une méditation sur le Jugement dernier. Cette dernière a paru, dans les Saisons du Parnasse, en 1902. Sainte-Beuve en faisait grand cas. On peut juger, par l'extrait suivant, qu'elle méritait cette appréciation :

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