TT MA NOURRICE
Air : Dodo, l'enfant do.
...Au mois d'août, voilà bien longtemps Six francs et ma layette en poche, Belle nourrice de vingt ans D'Auxerre avec moi prit le coche.
Sois bien ou mal, sanglote ou ris, Adieu, pauvre enfant de Paris.
Dodo, l'enfant do, L'enfant dormira tantôt.
En Bourgogne je débarquai, Pour la chanson, climat propice.
Nous trouvons, buvant sur le quai, Le vieux mari de ma nourrice.
Verre en main, Jean le vigneron Chantait les gaîtés de Piron.
Dodo, etc.
Sous son chaume, au bruit du pressoir, Bientôt j'assiste à la vendange.
Plus ivre et plus vieux chaque soir, Jean va coucher seul dans la grange.
Sa femme, en s'en moquant tout bas, Me dit : Petiot, ne vieillis pas.
Dodo, etc.
Un moine, en voisin, vient chez nous, TJ entre sans que le chien jappe ; Le mari sort, et l'homme roux De ma table fripe la nappe.
Hélas ! l'odeur du récollet Fait pour neuf mois tourner mon lait.
Dodo, etc.
Au vieux moûtier, huit jours plus tard, Jean, bien payé, soignait la vigne.
Moi, gai comme un dieu sans nectar, Au vin du cru je me résigne.
Ma nourrice, en m'en abreuvant, Soupire et dit : Chien de couvent !
Dodo, etc.
Sur cette histoire, en bon devin, Mon parrain, dès qu'il l'eut apprise, Me prédit le dégoût du vin, Le goût de tous les gens d'Église.
Pour requiem je prédis, moi, Qu'ils chanteront à mon convoi :
Dodo, l'enfant do, L'enfant dormira tantôt.
Œuvres, III, 334.
200 ===== BÉRAffGEU. — Cil A P. VII =