PIERRE G1RODEAU, MOULINET
v GIRODEAU, arrivant par le fond.
Hé! voisin Moulinet?..
MOULINET, sortant de sa maison. ,
Me v’ià tout à vous, voisin... Faites excuse, c’est que j’étais occupé à donner une consultation à la vache du père Martin, qui a brouté du trèfle mouillé...
GIRODEAU
Le père Martin?..
MOULINET
Eh non! sa génisse...
GIRODEAU
Savez-vous, vétérinaire, que vous avez là un bon établissement dans not’ village de Coquinville !
MOULINET
Mais oui, ça marche. C’est que, voyez-vous, le paysan, c’est connu... si sa femme est malade, il économise le médecin... mais s’il y a un brin de mal dans l’étable ou dans la bergerie, vite chez le vétérinaire pour la santé de ses bêtes.
GIRODEAU
En parlant de bêtes, revenons un peu à nos moutons... Vous dites donc que votre tille Olivette est folle de moi?
MOULINET
Je dis qu’elle vous épouse.
GIRODEAU
Eh bien?
Eh bien, ça signifie que je vas être votre beau-père et vous mon beau-fils... Vous avez cinquante-huit ans, c’est le plus
P’TIT FILS, p’ilT MIGNON.
bel âge de l’homme... Je me dis ça tous les jours en me regardant dans le miroir.
CIRODEAt.
Je pense comme vous, voisin.
Air : Le Luth galant.
Malgré le temps qui marche tous les jours.
Je ne dois pas renoncer aux amours.
A vingt-cinq, à trente ans, à l’âge où l’on s’adore.
J’étais un vert galant, et je le suis encore;
Et quand je s’rai r’marié...
MOULINET
Vous le serez encore,
^ Vous le serez toujours (bis).
Votre mère, dame Françoise, a quatre-vingt-deux ans, c’est encore un plus bel âge ; votre lils, Désiré, n’a que dix-huit ans, c’est moins beau, mais c’est plus gentil.
GIRODEAU
Eh bien?..
Dame Françoise, \otre mère, vous aime, c’est vrai, mais personne n’ignore que son chéri, son favori, c’est Désiré. Vous souvenez-vous qu’ils s’étaient amourachés- ensemble, lui et Olivette?..
GIRODEAU
A-t-on idée de ça, des enfants de quinze ans, penser à ’ s’ marier!..
MOULINET
Heureusement -qu’il a pris une folie, une tocade au garçon... et comme il entendait tous les jours sa grand’mère qui faisait aller sa serinette, ça lui a donné le goût de l’harmonie ; il s’est engagé dans la musique... il est clairon, c’est un joli instrument...
GIRODEAU
Ma foi, j’ l’ai laissé faire.
MOULINET
Moi, je me suis prononcé et je tiens à mes idées. J’ai dit à ma fille : Tu épouseras le voisin Girodeau... il est très-aimable...
GIRODEAU, jouant la modestie.
Oh ! pas tant que ça...
MOULINET
Il a quatre cents pommiers... ,
GIRODEAU
Oh! plus que ça...
MOULINET, continuant.
Des champs de colza, de bons herbages... moi, de mon côté, je possède, sans compter mon établissement, un joli clos de trois arpents de vignes.