SCÈNE X
* OLIVETTE.
Et puis, tu n’as pas pensé à une chose : tu veux épargner un chagrin à ta grand’mère, eh bien , moi, je te dis que ton départ va la tuer.
DÉSIRÉ
Ne me dis pas ça.
OLIVETTE.
Et puis, qu’est-ce que c’est qu’un zouave qui s’ensauve devant le danger!
, DÉSIRÉ
Ça ne s’est jamais vu, ça ne se verra jamais! (il pose son fusil.) OLIVETTE.
Écoute... (ils prêtent l’oreille.) il m’a semblé entendre... Si ton père venait nous suprendre ici...
Sois donc tranquille, nous aurions entendu, avant tout, la serinette de grand’mère.
OLIVETTE, étonnée.
La serinette !
DÉSIRÉ
Oui, c’est un signal entre la bonne femme et moi. Tu sais bien, avant mon départ, quand je n’étais qu’un mioche et que mon père me cherchait pour me gronder, grand’mère jouait sur sa serinette : II pleut, il pleut, bergerel ce qui voulait dire : « Sauve-toi, il va pleuvoir des calottes. »
OLIVETTE.
Bonne maman ! elle voudrait me voir ta femme, celle-là!
DÉSIRÉ
Eh bien! oui... mais puisque les deux pères ne veulent pas! (Marchant.) Comment faire, mon Dieu, comment faire?
OLIVETTE.
Attends donc; il me semble avoir entendu dire à ta grand’mèi’e que, dans le temps, on voulait aussi lui faire épouser un veuf, qu’elle détestait, à la place d’un joli garçon qu’elle aimait, et qu’ alors elle avait trouvé le moyen, je ne sais comment, et malgré ses père et mère, de se débarrasser du vieux et d’épouser le jeune.
DÉSIRÉ
Vrai ! qu’est-ce que tu me dis là?
• OLIVETTE.
Puis elle ajoutait qu’elle avait tant fait, tant fait... qu’est-ce qu’elle peut avoir fait, je te le demande?
DÉSIRÉ, étouffant un rire.
Je n’en sais rien, moi!
OLIVETTE.
Comment, tu n’en sais rien, toi...* un militaire... ça n’est pas excusable!
DÉSIRÉ, à part.
En voilà une innocente!
p’tit fils, p’tit mignon.
OLIVETTE.
Si j’avais autant de service que toi, je ie réponds bien que je saurais à quoi m’en tenir là-dessus !
DÉSIRÉ , à part.
Il faut pourtant me tirer de là.
OLIVETTE.
As-tu trouvé?
DÉSIRÉ
Certainement que j’ai trouvé... (a part.) Je n’ai rien trouvé du tout.
OLIVETTE.
Eh bien?
DÉSIRÉ , à part.
Ah! j’ai mon affaire !... (Haut.) Tu te souviens du mariage de la cousine Simonne?
Nous y étions tous les deux.
DÉSIRÉ
Tu as de la mémoire, moi aussi...
OLIVETTE.
Eh bien ?
DÉSIRÉ
Eh bien, voilà le marié et lft mariée.
OLIVETTE.
Oui, mais les témoins?
désiré. ■
On peut s’en passer.
OLIVETTE.
Et M. le maire?
DÉSIRÉ
Présent, M. le maire ! (il monte sur le banc qui est au bas de l'arbre. A Olivette, aYec une dignité comique.) Mademoiselle Suzaiine-Olivelte Moulinet, consentez-vous à prendre pour époux Narcisse- Désiré Girodeau?
OLIVETTE.
Oui, monsieur le maire.
DÉSIRÉ
A toi. (il descend.)
OLIVETTE, l'imitant en prenant sa place.
Narcisse- Désiré Girodeau, consentez-vous à prendre pour femme Suzanne-Olivette Moulinet?
DÉSIRÉ, d’abord d’une voix de jeune Tille, puis enflant sou organe.
Oui, monsieur le maire.
OLIVETTE.
A toi. .
DÉSIRÉ
Les époux se doivent une fidélité invraisemblable.
OLIVETTE.
J’approuve.