I.HS MONUMENTS CIVILS
pente. En effet, dès le XV siècle, il présente ces combles en berceaux auxquels les Français attachent le nom de Philibert Delorme, charpentes où la forme se réduit à un demi-cercle de madriers moïses. Par une rencontre singulière, ces formes se retrouvent employées systématique-
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ment dans les plus vieilles constructions de l'Inde, à Ajunta notamment. On ne peut cependant soupçonner ici aucun rapport d'imitation. « Très probablement, Philibert Delorme n'avait pas connaissance de la basilique de Padoue » et à coup sur les Padouans ne se doutaient pas qu'il y eût sur les bords du Gange des édifices qu'on pouvait comparer aux leurs '. 1. Ch.-isy. Hisluire de !\irchiUilurc, tnmp II, p. Oi.) tt tome I. p. 15,^.
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L'efFet d'ensemble de cette salle, qui a peu d'analogues', est vraiment surprenant et absorbe l'attention au détriment des curiosités qu'elle contient. Jetons cependant un coup d'oeil sur le colossal cheval de bois, imitation du cheval de Troie, construit en 1466 par Annibale Capodilista pour une fête publique et sur les statues égyptiennes rapportées par le Padouan Belzoni, homme rare, fort, beau, intelligent, instruit, énergique et brave, un des premiers explorateurs de l'Afrique qu'une mort prématurée arrêta à son troisième voyage sur la route de Tombouctou. N'oublions pas l'inscription qui a passé longtemps pour appartenir au tombeau de Tite-Live. Cette inscription est surmontée depuis 1542 du buste de bronze de l'historien. Non loin de là a été placé en 1 66 1 , en vertu d'un décret de la cité, un buste en marbre destiné à honorer la mémoire d'une martyre de la foi conjugale, la jeune Lucrezia Orologio, épouse du marquis Pio-Enea degli Obizzi, assassinée en 1654 par Attilio Pavanello dentelle repoussait l'amour".
C'est dans le Salone que se tenaient les divers tribunaux de la ville. Ces tribunaux prenaient dans le peuple le nom des figures peintes au-dessous desquelles ils siégeaient. Les plaideurs avaient une certaine liberté de porter leurs affaires à l'un ou à l'autre et pouvaient s'adresser pour régler leurs différents soit au mulet, soit au sanglier, soit au chameau, et le plus curieux, c'est que dans les archives officielles les documents étaient et sont encore rangés sous ces différents vocables.
L'extérieur du Palazzo délia Raggione est décoré lui-même de plusieurs fragments antiques encastrées dans le mur par les soins du célèbre archéologue Lurlanetto. Ils varient, ils vivifient, sans en compromettre les proportions, la belle ordonnance de cette construction qui a le grand mérite de s'accorder exactement avec la destination de l'édifice. Les « loggie » de 1306 destinées à donner des accès et des dégagements commodes à la grande salle, paraissent bien le complément de ce vaste espace dont la toiture détache sur le ciel son immense courbe bien au-dessus du double étage de galeries à colonnes et à arcades qui ne font que mieux souligner son importance. Le grand architecte de la dernière période de la Renaissance italienne, Palladio, n'a pas dédaigné d'imiter cette disposition dans sa restauration de la basilique de Vicence"'.
1. On pourrait lui comparer la grande salle de la halle aux draps à Ypres.
2. Sa dépouille se trouve à l'église del Santo. Voy. Andréa Gloria, Lucre\ia deglt Obi\\i e il sîto sccolo, Padova, 1853. Une inscription rappelle ailleurs Isabella Ravignana qui se jeta dans le Hacchiglione du haut du Ponte Corbo pour é(^happer aux soldats de Maximilien lors du siège de 1509. L'Italie n'a jamais oublié le souvenir de Lucrèce.
3. Des monuments contemporains semblent aussi s'en être inspirés, par exemple les deux théâtres élevés par Davioud sur la place du Chàtelet à l*aris.
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De la maynitique résidence qu'Ubertino III de Carrare se fit élever en 1345, il ne reste qu'un débris de portique dans les bâtiments affectés à la bibliothèque de l'Université et peut-être la base de la Tour de Tllorloge au Palazzo del Capitanio, Ce palais rappelle, non les Carrares, mais le gouvernement de Venise ((ui avait détruit leur puissance et mis fin à l'indépendance de l'adoue par une série d'intrigues et de perfidies conduites
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avec l'habileté etl'absence de moralité habituelles à sa politique. Dès 1405 se dressait sur la place la colonne surmontée du Lion de Saint-Marc. N'ovello commençait en 1528 l'horloge de la tour centrale du Capitanio, achevée par (iiovanni Calderajo. Cette horloge monumentale marque non seulement les heures, mais les jours du mois, le cours du soleil à travers le zodiaque et les phases de la lune. Entretenue avec grand soin par la cité, elle a été restaurée en 1538 par Jacques de Venise, puis en 1616 et enfin en 1838. La porte triomphale qui est à la base de la tour est une des meilleures œuvres de Giovanni-Alaria l-'alconettoqui l'a signée et datée (1532)- Le Capitanio est contigu au Mont-de-Piété, construction du xV siècle.
Sur la même place que le Capitanio, Tancienne P/c7:^:^û dci Signer i, devenue la Piai^^a dclV Unita Italiana, se voit \3. Loggia ciel ConsigUo ou Gran Giiardia commencée sur le plan d'Annibale Bassano en 1493 et terminée en 1523 par Biagio Ferrarese. Le portique abrite aujourd'hui la statue de Vîctor-Emmanuel qu'on ne peut manquer de trouver dans toute ville d'Italie de quelque importance. Celle de Padoue n'est pas une des meilleures oeuvres de Tabacchi '.
Le Palais de l'Université, dont la construction commencée en 1493 fut interrompue comme pour tant d'autres édifices, par les événements de la Ligue de Cambrai, fut terminé en 1552. La partie la plus moderne est la cour intérieure entourée de deux étages de colonnades. Cette construction, d'un caractère plutôt grec que romain (car les colonnes sont reliées par des plates-bandes, non par des arcades et le corinthien n'y est pas employé^!, a été attribuée à Palladio. Mais on n'y retrouve pas son style. Or il avait commencé antérieurement à 1549 ses travaux à la Basilique de Vicence où ce style est déjà complètement formé. Rien ne s'oppose au contraire à ce que ce beau a cortile » soit attribué à Sansovino (Jacoppo Tatti , ni la date, ni le style, ni les circonstances. Sansovino était alors un des architectes le plus en faveur auprès du gouvernement vénitien.
Parmi les monuments de Padoue, il faut compter ses fortifications. Les fortifications avaient alors une valeur artistique qu'elles n'ont plus aujourd'hui. La Porte del Portello en est un exemple significatif. Elle date de 15 19 et a sa place dans l'histoire de l'architecture italienne. Car elle a été justement signalée comme une des constructions faisant le mieux comprendre la transition entre le style des Lombards et celui de vSansovino. Vn peu plus tard, Palconetto élevait la Porte San Giovanni (15281 et la Porte Savonarole (1538). Padoue n'aurait garde d'oublier que le plus illustre des ingénieurs militaires italiens, le Véronais San Micheli, compléta et perfectionna les bastions qui avaient si vigoureusement résisté à Maximilien, notamment celui de la Porta di Codalunga ou Zitolo de Pérouse avait fait une défense héroïque*. Ces fortifications que complétait San Micheli n'étaient pas les anciennes fortifications du moyen âge; mais les Mure nitov(\
1. Ce n'est pas à dire que les ordres rh<>isis, dori(|Uc (ou plutôt toscan) et ionique, ne se recommandent plus de Vitruve (jue de Phidias, ainsi ([ue le système de superposition des ordres ; nous parlons du caractèn; général.
2. Guichardin. livre VIII. I.a porte di Codaluni^aaété modifiée en 1860 par Tarchitecte Cecehini (J-H.) et décorée de deux tîu^ures colossales de f<'mmes par Luigi Ferrari.