‹ Padoue & VéroneChapitre 36 sur 73 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ASPHCT GÉNÉRAL

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Vérone l'emporte sur Padoue par sa situation ; les environs y sont plus pittoresques, son fleuve est plus large et la ville s'éttile en partie sur des collines. Lorsque du pied du Castello San Pîetro l'œil se porte au delà du vieux pont sur ces tours et ces clochers nombreux se détachant sur un paysage agréablement acccideiité, on comprend que les Véronais aient

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donné à leur ville le nom de Florence du Nord\ Comme à Padoue le moyen âge semble y revivre devant nous. Certains quartiers en ont même mieux conservé le caractère, et les balcons, comme le dit Théophile Gautier, « semblent y attendre les échelles de soie ».

On devine sans peine à quoi Théophile Gautier fait allusion. Le premier souvenir qu'éveille chez l'étranger le nom de Vérone est celui de Roméo et Juliette. Puissance de la création poétique ! Les « Amants de Vérone » ont plus de réalité dans notre esprit que les personnages qui ont marqué le plus fermement leur trace dans l'histoire, que les conquérants ou les hommes d'État les plus illustres ; et cependant il n'est pas même sûr qu'ils aient existé. Qu'au milieu de ces haines inexorables qui divisaient les familles italiennes, à Vérone et ailleurs, plus d'une Juliette Gibeline ait apparu, « comme un rayon vermeil brille en un ciel d'orage », à quelque Roméo guelfe qui Tait aussitôt aimée, que w tous deux oubliant le nom qui les sépare » aient « été enflammés d'un même amour», le fait n'a rien d'invraisemblable et a dû se produire plus d'une fois; mais que Juliette Capulet et Roméo Montaigu aient v^écu à Vérone au commencement du xiv'' siècle, c'est autre chose. Sans doute rien ne s'oppose à ce que Escalus prince de Vérone soit identifié avec Bartolomeo délia Scala qui régna de 1302 à 1304. Sans doute le Dante" cite les deux familles des Cappélletti et des Montecchi. Mais on peut conclure aussi bien de ce passage que les Montecchi et les Cappélletti, loin d'être divisés, appartenaient au même parti politique. De plus, si l'on trouve des Montecchi à Vérone, les Cappélletti étaient probablement de Trévise. D'autre part on s'étonnerait que Dante, qui vécut à Vérone vers le temps où se place cet épisode, Dante si curieux de toutes les aventures tragiques de ses contemporains, n'ait pas fait la moindre allusion à des événements qui pouvaient si bien trouver place dans son poème *.

Ne manquons pas à tout hasard de faire un pèlerinage à la maison des Capulets et à la tombe de Juliette, comme on va chercher les souvenirs de saint Preux et de la Nouvelle-Héloïse sur les bords du lac de Genève, aux rochers de Clarens et à la Meillerie.

I. Les Véronais ne redoutent pas l'exaî^ération dans l'expression d'un patriotisme municipal d'ailleurs, justifié. Une vue de Vérone datant du xyii*" siècle est accompagnée

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d'une phrase latine qu'on traduit ainsi : « Vérone, si celui qui t'a vue ne t'a pas c aussitôt d'un amour éperdu, c'est qu'il n'a pas le sens du beau ou qu'il n'a plus le sens d'aimer »

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