L'ARCHITECTURE A VÉRONE DEPUIS L'CPOQUE ROMANE
Églises Kothii|uc>s. — l.u Krn;iiss;mco. — Sun Mi^ht-Ii. — Kurttrcssts et l'alais.
.Maintenant ([ue nous connaissons les piirties les plus caractéristiques de Vérone, nous reprendrons l'indication de ses autres monuments à partir de l'époque romane, en suivant en général l'ordre chronologiiiuc.
A l'époque gothique et sous les Scali^'crs on travaille avec activité à la cathédrale qui est achevée : on termine le chœur de S. Zenon, on construit l'église de Saintc-Kuphéinie (xm" siùcle). Cane (irande fit bâtir en 1324, S. -M. délia Scala agramlie ilepuis. Au même temps appartient S. l'ermo. Sa façade, mélange de brique et de marbre, est d'un effet noble et élégant avec ses quatre étroites fenêtres ogivales s'allon-
r/ARCHITECTUKE A VÉRONE DEPUIS LlîPOQUE ROMANE 133 géant au-dessus du plein cintre de son portail. A l'intérieur, sa large et unique nef est couverte par une vaste charpente. Cette charpente comprend de chaque côté des consoles soutenant des arcs en quart de cercle qui supportent à leur tour un cintre complet. Il y a là des dispositions
fort ingénieuses; mais qu'on est loin de l'aspect des trois nefs voûtées en pierres de nos églises françaises ! On se croirait dans une halle plus que dans un temple.
La façade de Santa Anastasia (commencée en 1261) est inachevée; mais le portail gothique est de lignes très pures, et l'intérieur de l'église à trois nefs avec ses douze colonnes vaut en son genre (il est de style
flamboyant) celui de Saint-Zenon. Lorsqu'il fut terminé en 1437, Vérone était depuis plus de trente ans sous la domination vénitienne. Mais à Vérone, pas plus qu'à Padoue, le gouvernement de la Sérénissime République n'arrêta l'activité architecturale. L'église des SS. Nazaire et Celso (style gothique) est remaniée de 1464 à 1466. Au xv° siècle appartient San Bernardino. A la fin de ce siècle et au début du suivant, on commence
la transformation ou reconstruction de S. Maria-in-Organo et de S. Georges-
in-Braïda,
San Micheli a une part dont il est difficile de déterminer l'importance à la construction de Saint-Georges-in-Braïda. A S. Maria-in-Organo, il a simplement donné le plan de la façade qui n'a été exécutée qu'en 1592, donc après sa mort, A la chapelle Pellegrini annexée à l'église San Bernardino, il a pu librement appliquer ses idées, et, dans un style qu'on peut aimer plus ou moins, il a fait une œuvre excellente où une décoration riche et élégante s'accorde intimement avec la structure qui est elle-
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même de très heureuses proportions. Là, comme dans la Madonna di Campagna qu'il éleva au bourg de San Michèle, sa patrie, à quelques kilomètres de Vérone, tout est subordonné à l'importance de la coupole, La chapelle Pellegrini rappelle le Tcmptftto de liramante à Saint-Pierre-in- Montorîo de Rome. La décoration de feuillages, d'oiseaux, de fleurs, et de fruits en guirlandes, avec plusieurs figures de pèlerins (pellegrini),
allusion à la famille qui fit élever le monument, est charmante et est une surprise de la part de cet artiste qui s'est surtout rendu célèbre dans l'architecture militaire.
San Micheli est un des premiers fondateurs du système moderne de fortifications, tel que l'invention de la poudre l'avait rendu nécessaire. Il est un des créateurs de la fortification bastionnée et peut être considéré comme un précurseur de Vauban. Les hommes du métier apprécieront ce mérite; mais les artistes et les simples touristes ne doivent pas être indifiérents à ces constructions. Alors l'art de l'ingénieur et celui de l'ar-
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chitecte, au lieu d'être presque hostiles comme aujourd'hui, n'étaient même pas séparés. De même que Vitruve était le pra'fecliis fabroruni (c'est-àdire le chef d'état-major du génie) dans l'armée de César, liiotto travaille aux fortifications de Florence et Léonard de Vinci à <:elles des Romagnes pourCésarliorgia.Delà le caractère artistique que conserve alors l'architec-
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ture militaire, quoique à cette époque elle devienne de plus en plus scientifique et soit soumise à des réj^les précises et dune application très générale. Les portes de Vérone qu'a construites San .Micheli arrêtent le regard par l'énergie sévère de l'aspect et l'harmonie puissante des formes. Il emprunte à l'antiquité la décoration en bossages et l'applique même aux colonnes. La Porta Kiiova et la Parla Stiippa ou Porta Palio notamment sont célèbres. La porla Palio est à elle seule un résumé du système architectural de San .Micheli, pour ce genre, de constructions ; car, sur une des façades, les
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ouvertures sont à arcades et les bossages <tu mur se continuent sur les colonnes qui y sont engagées, tandis que sur l'autre face, les bossages sont interrompus par des colonnes de dorique-romain à cannelures verticales et continues.
Cependant ce qui nous intéresse le plus aujourd'hui dans l'œuvre de
San Micheli ce sont ses palais. C'est devant eux qu'on peut bien comprendre la place qu'il occupe dans l'histoire de l'architecture italienne, où il caractérise la période qui suit celle de Bramante et précède celle de Palladio. Il forme comme le lien entre les deux systèmes.
Les Palais de Vérone frappent d'abord par la solidité des masses et le parti pris dans l'unité d'aspect ; l'étage inférieur surtout conserve un caractère de forteresse, Kn général. San Aiicbeli réserve les colonnes pour
Tétage supérieur et revêt simplement le rez-de-chaussée d'un bossage, sans pour cela lui donner franchement le caractère d'un soubassement, comme le fera Palladio. Au Palais Canossa, au Corso Cavour, près du Castello Vecchio, le rez-de-chaussée est sans pilastre et complètement rustique. « Il est tout entier en galerie ouverte par laquelle on voit une cour à pilastres dont le fond est formé par le beau paysage au delà de TAdige. » Des pilastres corinthiens fort simples, sans cannelures et groupés par deux, encadrent les grandes fenêtres arrondies du premier étage et s'élèvent jusqu'à la corniche qui supporte une galerie à balustre surmontée par des statues *. Au rez-de-chaussée du palais Bevilacqua, des pilastres rustiques font une saillie nettement marquée, mais peu proéminente sur le reste du mur qui est de même appareil. Les pilastres séparent de grandes ouvertures à plein centre qui reparaîtront plus ornées à l'étage supérieur, les ouvertures sont alternativement de deux dimensions. De riches colonnes corinthiennes cannelées en spirale se dressent entre les fenêtres du premier étage jusqu'à une corniche richement décorée. Au premier étage, pour concilier les proportions des éléments architectoniques des fenêtres de largeur différentes avec l'harmonie générale résultant des colonnes encadrantes (v. la fig. p. 139), les fenêtres à arcades plus étroites ont été surmontées d'une petite fenêtre rectangulaire pour regagner le niveau supérieur des grandes arcades. Au rez-de-chaussée, le problème a été aussi fort bien résolu et d'une façon plus simple comme le permettait l'unité plus grande de la décoration, les pilastres se détachant moins du fond. Toutes les fenêtres sont d'égale dimension, mais entre les pilastres plus écartés une arcade de rayon plus grand que celui de la fenêtre, encadre cette fenêtre et retombe sur des impostes et des piédroits s'appuyant de côté sur les pilastres. Un balcon de pierre se développe dans toute la largeur de l'édifice entre les deux étages.
Au Palais Pompeï alla Vittoria, le rez-de-chaussée n'a plus de pilastre, il est même plus simple qu'au Palais Canossa, et des colonnes doriques partent de là, à l'aplomb même des bossages, pour séparer les cinq fenêtres égales du premier étage et se continuer jusqu'à la corniche. Nous approchons de Palladio, quoique les colonnes n'embrassent encore qu'un étage. L'analogie avec la disposition palladienne est mieux marquée au Palais Verzi (place Victor-Emmanuel) : les pilastres de la partie supérieure de l'édifice, encadrent, dans toute son étendue, deux étages de fenêtres inégales ; mais là encore les colonnes ne sont que l'ornement spécial d'une moitié du monument et n'en marquent pas l'ossature géné-