Il se présente ici quelques questions dont la
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solution offre de gravés difficultés : quels étaient ces mystères ? quelle était la condition des initiations orphiques, comme institut permanent? quels rapports avaient ces initiations avec les mystères admis à titre d'institutions civiles ? Ce problème exige que nous jettions un coup d*œil sur les diverses formes du cuite dionysiaque en Grèce.
49. — Aucun dieu n'avait des fêtes aussi nombreuses que Dionysos, et la plupart de ces fêtes étaient accompagnées de transports déréglés et de toutes les extravagances de l'ivresse. Les petites dionysiaques ou ruraleî^, se célébraient aux approches de la vendange par des hymnes phalliques, des festins et des jeux dramatiques : en hiver, après l'achèvement du pressurage on célébrait à Athènes les Lénées : on y buvait le moût non fermenté et des représentations théâtrales y succédaient à des grands festins et à des processions pompeuses où régnait une extrême licence. On n'est pas bien sûr que la fête ambrosiaque, dont le nom semble se rapporter au vin nouveau, fût un jour particulier des Lénées, ou une solennité distincte. Les anthestéries, ou fête dionysiaque des fleurs, avaient lieu au commencement du printemps et duraient trois jours : on y célébrait solennellement l'ouverture des fêtes, (Pithoigia) la fête des outres et de la boison (Choës) et celles des marmites, (Chytroi). Aux choës qui en étaient le jour le plus saint, l'épouse de l'archonte d'Athènes, escortée de quatorze prêtresses, offrait un sacrifice secret pour l'État et était ensuite symboliquement unie au dieu : le 3® jour on offrait dans des chaudières un sacrifice à Hermès Chtonien et aux mânes de ceux qui avaient péri dans le déluge de Deucalion. Les grandes Dionysies ou Urbaines, à la fin de mars ou au commencement d'avril, attiraient à Athènes au grand concours de peuple. Des réjouissances publiques, des chœurs
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de jeunes enfants, des concours de comédie et de tragédie, s*y succédaient sans interruption. Dans la simplicité des premiers temps la procession du dieu offrait un caractère tout pastoral : une cruche de vin, un bouc, une corbeille de figues sèches et lé phallus en composaient tout l'appareil : on y déploya plus tard une somptueuse magnificence: les corbeilles d'or étaient portéespar des jeunes filles choisies, le phallus par des jeunes gens couronnés : d'autres vêtus en femmes les suivaient en chantant des hymnes phalliques eten se livrant à toutes sortes de contorsions, comme des gens ivres. Puis venaient les hommes, chargés d'outrés pleines et de grands vases à boire.
50. — Dans les autres villes et contrées de la Grèce, les fêtes de Dionysos avaient un caractère spécial : la licence y était toutefois portée. aussi loin, mais aucun rite mystérieux n'intervenait dans leur célébration. On citait celles d'Hermione en Argolide, célébrées par des concerts, des concours de natation et des courses sur l'eau : celles de Thvion en Elide, où des coupes fermées se trouvaient remplies d'une manière miraculeuse : celles de Pellène où l'on répandait dans toute la ville des vases pleins de vin. La plus célèbre était la fête dionysiaque de Scierie à Aléa en Arcadie. Sur l'ordre de l'oracle de Delphes on y fouettait de jeunes filles dans le temple du dieu, affreux souvenir, selon toute apparence, de la première fureur des Ménades : puis venaient les solennités' d'Orchomène, où les jeunes filles et les prêtres célébraient en son honneur, une fête nocturne pendant laquelle on allait à la recherche du dieu disparu dans sa fuite devant les Titans ou devant certains ennemis de son culte, comme Lycurgue, et cherchant un asile auprès des Muses : le prêtre poursuivait autour de l'autel la jeune fille désignée pour victime. Sicyone et Corinthe au contraire
consacraient des fêtes à un double Dionysos, exerçant des attributions fort opposées, l'un comme Bacchus, l'autre comme Lysios.
51. — Les nombreuses fêtes triétériques de Dionysos conservèrent toujours le caractère orgiaque qu'elles portaient dans l'ancien culte Thrace des Hénades : les jeunes filles inauguraient chaque année ces sortes de nouveautés, en se retirant dans les montagnes, où elles passaient la nuit à danser à la lueur des torches, plongées dans un délire extatique, provoqué et excité par l'excès du vin, et s'abandonnant sans frein et sans retenue au plus monstrueux dévergondage. Le théâtre ordinaire de ces débauches était le Cithéron, voisin de Thèbes. Les jeunes filles de Delphes et de l'Attique fréquentaient le Parnasse, dont les fêtes avaient toutefois un aspect moins révoltant.
52. — Le culte de Dionysos-Omestes , célébré à Chios et à Ténédos, différait totalement des précédents: sur ces îles voisines de la cote d'Asie, on immolait audieudes victimes humaines. Dionysos était ici un personnage identique avec le Baal-Moloch des Phéniciens, confondu même avec son fils, le crétois Talos, personnification de la nature solaire et offrant une étroite affinité avec Moloch lui-même. Thémistocle, après la défaite des Perses, sacrifia des prisonniers de cette nation à ce Dionysos Omestes, presqu'inconnu dans le restant de la Grèce : en posant cet acte sans précédent, il avait pour but d'honorer le dieu Perse d'une manière toute locale et de le rendre propice aux nouveaux maîtres du pays, soumis jusqu'alors à son empire.
53. — On ne rencontre nulle part eji Grèce de mystères propres de Dionysos, si l'on entend par là des institutions analogues à celles d'Eleusis et de Samothrace, où Ton ne pouvait participer aux actes religieux
qu'après des épreuves et des initiations préliminaires. La plupart des cultes dionysiaques avaient pour ministres des femmes: d'autres, comme le sacrifice des Hosii de Delphes, étaient accompagnés de rites secrets ; mais il n'existait en aucun endroit d'institut religieux exclusivement dionysiaque, et auquel les Orphiques eussent pu rattacher leurs initiations et leurs révélations dogmatiques : les Bacchanales mêmes, qui naquirent en Etrurie, vers l'an 186 avant J.-C, et qui furent introduites plus tard à Rome, avaient un caractère purement rituel, dépouillé de tout élément orphique et de toute tendance dogmatique. Instituées d'abord en Etrurie, par un prêtre grec, elles furent dans le principe, comme les fêtes triétériques de la Grèce, réservées exclusivement aux femmes : à Rome^ ce ne fut que beaucoup plus tard, qu'une prêtresse de la Campanie permit aux hommes d'y assister: c'est à la suite de cette tolérance, que ces assemblées nocturnes dégénérèrent en oi^ies licencieuses, qui donnèrent lieu à de sanglants et monstrueux abus.
g4. — A partir de la guerre du Péloponèse, on vit surgir en Grèce la secte des Orphéotélistes, qui n'appartenaient à aucune affiliation régulièrement constituée et n'avaient qu'une existence individuelle. Pour eux les initiations orphiques et dionysiaques étaient un métier plus ou moins lucratif: munis de quelques livres orphiques, parmi lesquels se trouvaient les formules d'initiation recueillies et rédigées par Onomacrite, ils allaient de ville en ville, offrant à riches et pauvres, moyennant salaire, leurs services pour les expiations et les consécrations. Leurs onctions remettaient les fautes, même les fautes héréditaires: elles avaient le pouvoir de garantir du péril etde procurer dans le monde inférieur une existence heureuse et de grands honneurs : du reste, point d'exigences pénibles, point d'obligations
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onéreuses : les expiations et les initiations se pratiquaient au milieu de fêtes joyeuses et brillantes, accompagnées de danses lascives ob l'on imitait Tivresse de Silène. Parmi ces jongleurs, dont la science défraya maintes fois la comédie grecque, quoique les rieurs eux-mêmes fussent les premiers à y recourir, les uns affirmaient qu'il suffisait de recevoir une seule fois cette espèce de sacrement, tandis que d'autres en recommandaient le renouvellement fréquent et le prescrivaient même comme indispensable. Théophraste peint son superstitieux se rendant tous les mois, avec sa femme et ses enfants, chez l'orphéotéliste, pour se faire initier lui et les siens. D'autres, désignés sous le nom de metragyrtes employaient, dans le même but, des pratiques empruntées au culte Phrygien de la Grande- Mère et mélangées de rites dionysiaques : ils prétendaient pouvoir opérer des cures merveilleuses, surtout dans les maladies mentales, qu'on regardait comme l'effet d'une action divine. L'exercice de ce culte fut même souvent confié à des femmes. Bien que la prétresse Ninus eût été suppliciée pour un fait de ce genre, à Athènes, on vit la mère de l'orateur Eschine, Glaucothée, officier en qualité de Télestrie ou de Tympanistrie, dans une cérémonie où son fils, revêtu des fonctions de metragyrte, était chargé de lire à sa mère les livres sacrés, de ceindre les initiés delà nébride ou peau de faon, de danser devant eux, et de leur faire boire le Cycéon : puis en mémoire des Titans, qui lors du meurtre de Zagreus, s'étaient couvert le visage de plâtre ou d'argile, il les couvrait de terre et les essuyait ensuite avec du son, en leur faisant répéter ces paroles: j'ai échappé au mal et j'ai trouvé le bien. A ces cérémonies nocturnes succédait pendant le jour la procession des adorateurs de Dionysos^ qui parcouraient les rues en jouant avec des serpents et
faisant retentir l'air des cris mille fois répétés de Hyès et Attes, noms sous lequels on invoquait le dieu.
S5. — De cet exposé des Télètes ou orgies dionysiaques, on peut conclure qu'elles constituaient soit de simples cérémonies rituelles, telles que nous l'avons dit plus haut, fréquemment célébrées par des filles, soit des véritables mystères, mais jamais isolés, en aucun lieu ou à aucune époque, et toujours rattachés au culte mystérieux d'autres divinités, comme c'était le cas à Lernes et à Eleusis. On comprenait encore sous ce nom l'ensemble des fictions propres aux Orphéotélistes et aux Métragyrtes, qui, guidés dans leurs pratiques, par leur seule imagination ou par quelques traditions défigurées, acquéraient plus ou moins de renommée, en raison de leur habileté ou de leur individualité. Les uns s'entouraient comme d'une auréole d'une prétendue illumination divine et particulière : les autres menaient une existence aventurière, comme de vulgaires charlatans : beaucoup d'entr'eux d'ailleurs appartenant à cette secte nommée par dérision les Pythagoristes, dont les habitudes de saleté et de mendicité formaient un étrange contraste avec les hautes prétentions qu'ils affichaient aux honneurs et aux récompenses de l'autre vie, fournirent ample matière aux diatribes de la comédie grecque, dans les siècles suivants. Parfois ils s'associaient pour donKier à leurs cérémonies un caractère plus imposant et plus pompeux et pour déployer avec plus de succès toutes les ressources de leur art : des apparitions fantastiques, des spectres hideux venaient glacer les mystes d'effroi et leur rappeler les terribles évocations d'Hécate et les redoutables effets de sa colère. C'était une spéculation qui dfevait rapporter à leurs auteurs d'autant plus de crédit et rendre plus dociles ceux à qui ils venaient offrir la santé et la protection des
dieux : c'est à un de ces Orphéotélistes, qui vantait le bonheur des initiés en l'autre vie, qu'Ântisthène répondit: pourquoi donc, ne meurs-tu pas?
56. — Enfin ilexistaitaussi des corporations religieusesindépendantes,dontlesramificationss'étendaientsouvent très-loin, et dont les membres portaient le nom de Thiasotes ou Orgéons. Ces associations s'étaient groupées dans le but de rendre des hommages plus particuliers soit à une divinité étrangère, soit à Dionysos lui-même. Gomme ce dernier culte se conciliait parfaitement avec tout ce qui est du domaine de Thiasos et de Cornus, la bonne chère, les danses lascives et la musique passionnée, ces sortes de confréries étaient fort en vogue et comptaient beaucoup d'agrégés: leurs solennités où la flûte se mariait au chant pour célébrer le vin, n'avaient de sacré que le nom de celui qui leur servait de prétexte : aussi les prenait-on peu au sérieux et les regardait-on comme des mystères entourés d'un certain appareil et accompagnés de rites particuliers, mais dénués de toute importance.
57. — Après l'époque de Platon on ne rencontre plus de traces des Orphiques comme corps religieux, organisé en société : si des auteurs plus modernes ont parlé d'une affiliation à cet ordre, accompagnée de rites symboliques et de chants sacrés, c'est qu'ils ont étendu à une société qui n'existait pas en réalité, des actes individuels, comme celui de Glaucothée, ou ana-
logues à ceux que les Orphéotélistes errants pratiquaient, sans y attacher aucune idée d'association. A Athènes même les dogmes et les mythes orphiques s'étaient identifiés en partie avec le culte public: ainsi aux Dionysies du mois Anthestérion, la théologie et les légendes orphiques se trouvaient représentées et mises en scène dans des danses et dans des drames religieux où figuraient les Heures, les Nymphes et les
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Bacchantes. Mais la théologie orphique n*en conservait pas moins son véritable point d'appui dans les mystères et surtout dans ceux d*Eleu3is.
58. — La grande affinité qui^existait entre le culte phrygien et le culte dionysiaque ne contribue pas peu à éclaircir ce côté des mystères. Sur toute la hauteAsie s*étendait une religion dont les dogmes fondamentaux admettaient une grande déesse de la nature, mère de tous les vivants, à laquelle on associait un dieu, son époux, son amant ou son fils, sujet à la souffrance et à la mort. L'expérience avait appris que dans la vie humaine et dans toute la nature, le péril et la douleur sont inséparables de la conception et de la naissance: les êtres se détruisent mutuellement pour prolonger leur existence Tun par Tautre : la vie renaît du sein de la mort, et c'est même de la corruption que les plantes tirent leur nourriture, de sorte que la vie végétale puise ses aliments les plus substantiels dans la décomposition des matières animales. Et c'est l'impression que cette loi suprême, inflexible de la mort et de la vie, engendrées alternativement l'une par l'autre, fit sur des esprits complètement incapables de s'élever audessusdes instincts de la nature et de la matière, qui entraîna finalement les races humaines, moralement et physiquement asservies à ces instincts grossiers, dans les aberrations les plus extravagantes de l'antagonisme mythique et religieux. L'homme se sentit emporté comme dans un immense tourbillon de vie et de mort : Funivers devint à ses yeux un temple et un tombeau, un autel et un cercueil. Son dieu, borné lui-même par les limites de la nature, devait suivre toutes les phases de celle-ci, et soumis aux mêmes vicissitudes, passer alternativement de la vie à la mort, de la mort à la vie: puis lorsqu'il voulut offrira la divinité le sacrifice qu*il estimait le plus précieux et te plus digne d'elle, il se fit
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lui-même la victime volontaire de cette grande loi de la mort.
59. — Le favori de la grande déesse phrygienne, Dindymène ou Cybèle, était Attes, fils du dieuMen, ou ce Men lui-même, qui mourut après s'être mutilé dans un accès de fureur, ou qui fut tué par une main étrangère, Cette mort plongea Cybèle dans une douleur insensée : elle parcourait les campagnes à la recherche de son bienaimé, en l'appelant de tous ses cris : en souvenir de cet événement on institua des jeux funèbres qui revenaient chaque année. Suivant une légende très-répandue, Âttes, rappelé à la vie, devint l'immortel compagnon de la déesse : une autre tradition lui fait subir le même sort que son correspondant syrien ou cypriote, Adonis, et le fait mettre en pièces par un sanglier que Jupiter avait suscité contre lui . Cet Adonis était Tamant d'Astarté, Ascherah des Syriens, ou de l'Aphrodite asiatique, déesse de la nature, regardée comme agent de la conception et de l'enfantement des êtres, et dont les attributs et les symboles oifrent la plus grande analogie avec ceux de Rhéa ou Cybèle. Le bel adolescent, dont on faisait un berger ou un chasseur, ayant été enlevé par la déesse éprise de ses attraits, fut bientôt après ravi à son amour par une mort violente. Les. fêtes instituées en son honneur et très-répandues dans toute l'Asie occidentale, ainsi que dans les îles et sur le continent grec, à Athènes surtout où elles furent célébrées de bonne heure, ces fêtes, dis-je, étaient accompagnées des manifestations de la plus vive douleur. On précipitait l'image du héros dans la mer : puis au deuil succédaient des transports insensés qui accueillaient sa prétendue résurrection. Dans ce beau jeune homme, pour lequel la déesse de la nature se consume d'amour, que la mort vient lui ravir à l'improviste et qui recouvre bientôt une existence nouvelle,
il est aisé de reconnaître une allusion transparente à la succession permanente de la mort et de la vie dans la nature: Adonis symbolise à la fois le grain germant dans le sein de la terre, les fï*uits arrivant à la maturité, et [le ralentissement de la végéta^on dans les chaleurs de Tété et par les froides pluies de l'automne.
60. — On lit dans un ancien hymne d'Âttes : salut à vous ô divin Âttes, fils de Kronos ou de Jupiter et de la grande Rhéa, dont la voix retentissante répète aux échos lointains votre doux nom : salut à vous ! Les As-> syriens vous nomment TAdonis trois fois cher: en Egypte vous êtes Osiris, le céleste croissant de la lune; les Grecs vous donnent le nom d'Ophias, les Samothraces celui de divin Adam, les Thraces de l'Hémonie celui de Corybas: les Phrygiens enfin vous appellent tantôt Pappas, tantôt le mort, ou le dieu ou le tendre épi moissonné dans sa fleur, ou le chévrier» ou le joueur de flûte, (Agdistis) né de l'amandier fertile.
61 . — D'où l'on voit qu'Attes et Adonis, Osiris et Corybas, Zagrens et Agdistis, ne sont au fond qu'une même entité, dont les appellations diverses personnifient le dieu de la nature dans l'état de souffrance, chez les Assyriens et les Phrygiens, les Syriens et les Phéniciens, en Egypte, à Samothrace, à Lemnos et dans les mystères grecs. Ophias surtout, le fils du serpent, n'est autre que Dionysos Zagreus, le fils de Jupiter déguisé en serpent; selon toute apparence, ce nom était révélé dans les mystères sous le sceau du secret. Zagreus le chasseur, s'identifia également avec le chasseur Adonis et avec Attes, dont on fait même dériver le nom d'Até, sous lequel oi^ désigne le crime commis par les Titans sur Dionysos, I^e Çabazios phrygien, aussi nommé Attes, ce qui tend à faire supposer que ces deux noms étaient synonymes, était figuré avec des cornes de taureau, comme Dionysos, et au rapport de Diodore on
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donnait le nom de Sabazios au Dionysos né de Jupiter et de I^erséphone. Zagreus, enfant ou adolescent mis en pièces, rappelle Âttes, Adonis, Corybas, Osiris, Esmun, tous jeunes, tous mutilés et mis à mort. La même conception avait présidé au développement de ces mythes, identiques au fond. Zagreus et Adonis président tous deux à la vie et à la mort : Zagreus, comme Adonis, est rendu à la vie : Plutarque lui-même faisait observer qu'Adonis ne faisait qu'un avec Dionysos, et cette identité est formellement confirmée par la multiple concordance des fêtes et des rites célébrés en l'honneur des deux dieux.
Dans les traditions orphiques Dionysos Amphiétès, inhumé ou endormi à Delphes, habite pendant la période de son repos les demeures sacrées de Perséphone, pour être ensuite réveillé par les Nymphes, les Thyades et rappelé de l'enfer à la lumière du jour. De même Adonis doit, en vertu d'un décret de Jupiter, passer une partie de l'année auprès de Perséphone, et l'autre dans le ciel, auprès d'Aphrodite.
63. — Osiris prête aux mêmes rapprochements avec Dionysos-Zagreus, et par suite avec Adonis et Attis-Sabazîos. Comme eux il est mis en pièces et revêtu d'un aspect infernal. Cette affinité est si réelle qu'un temps vint où Osiris et Adonis furent confondus dans une même idole et devinrent l'objet d'un culte commun, à Alexandrie. D'antiques autorités affirment que l'Adonis vénéré à Chypre n'était autre que le dieu égyptien. De même qu'on assignait Perséphone pour compagne à Adonis et à Dionysos, on disait sur les bords du Nil qu'Osiris, après que la mort l'eût ravi à Isis, reposait dans les J3ras de la sombre Nephthis, la compagne de Typhon, la souveraine des régions infernales, ou Amenthes.