PARIS LIBRAIRIE BLOUD & GAY
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INTRODUCTION
Un député français, retour de Suisse, remarquait dernièrement que, chez les neutres, les boutiques des libraires sont de véritables champs de bataille : d'un côté, pareilles à de redoutables bastions, s'élèvent les lourdes piles des gros bouquins, des tracts, des innombrables brochures allemandes ; de l'autre, se disposent comme des bataillons prêts à monter à l'ussaut les écrits français, et, selon que le libraire est plus ou moins favorable aux empires du centre ou aux puissances de la Triple-Entente, le bastion allemand semble inexpugnable, ou l'assaut français paraît au moment de triompher. Dans celle bataille de l'imprimé, les Pages actuelles figurent avec avantage. On sait, en effet, que nos amis du dehors y trouvent d'amples moissons d'arguments, d'innombrables raisons d'espérer et de fortifier leur espérance. Et, en général, les gens impartiaux s'entendent pour louer le ton modéré et la parfaite bonne foi de la propagande française.
Pourtant, on a entendu quelques neutres, quelquesuns de ces neutres qui font de la neutralité une sorte de religion timide tt scrupuleuse, nous objecter : « Vous aussi, vous interprétez les fails avec passion ; vous aussi, vous faites intervenir le sentiment dans vos raisonnements ; vous aussi, vous vous refusez à faire crédit à l'adversaire,
et à croire à sa bonne foi. Ce que nous cherchons pour nous faire une opinion sur les origines de cette guerre et sur ses péripéties, c'est le document « objectif >, le document d'archives, le document d'histoire. Eh bien ! des documents de cette nature, en voici.
On ne trouvera dans ces quelques pages qu'une collection d'affiches et de proclamations, celles qui furent placardées sur les murs de Bruxelles, du 20 août au V novembre. Il n'est point de pièces plus froides et plus incontestables. Nous n'avons pas voulu y faire un choix, nous avons tout donné, jusqu'à des règlements sur la police du roulage, nous n'y avons ajouté aucun commentaire, à peine quelques notes explicatives, et l'on ne trouvera ici exactement que l'histoire de l'occupation allemande à Bruxelles racontée par les documents allemands.
Pourquoi d'ailleurs aurions-nous cherché à commenter ces actes administratifs tour à tour doucereux et impérieux? Leur langage glacé n'en est que plus éloquent. Ils racontent presque jour par jour le supplice d'une ville gouvernée par l'ennemi ; ils donnent le détail de la politique à la fois cauteleuse et brutale au moyen de laquelle le gouvernement allemand a voulu, tantôt séduire, tantôt dompter la population belge ; ils racontent aussi la résistance patiente, ironique, héroïque, d'un peuple que rien n'avait préparé au grand rôle que l'histoire lui réservait et qui s'est montré capable de le jouer supérieurement.
Mais pour bien comprendre la signification de ces documents, il est pourtant nécessaire de se figurer ce qu'était l'atmosphère morale de la ville où ces affiches furent placardées.
Les premiers temps de la guerre furent, à Bruxelles, des semaines de fièvre et d'exaltation. A l'inquiétude des premiers jours, une magnifique confiance avait succédé; l'étonnement de voir Liège résister aux masses allemandes, tenir et tenir victorieusement, avait soulevé la nation en-
tière d'un enthousiasme qui avait balayé ses querelles, ses incertitudes et ses timidités. On connut à Bruxelles quelques jours de joie magnifique et de fol espoir. Puis, brusquement, alors qu'on croyait encore les Allemands en échec, on apprit coup sur coup que l'armée belge se retirait sur Anvers, que plus d'un million d'hommes envahissaient le pays et que Bruxelles allait être occupé. Ce fut un moment de stupeur et de consternation, dont heureusement peut- (Hre, on n'eut pas le temps de revenir.
C'est le 19 août, dans l'après-midi, qu'on connut la fatale nouvelle. Le lendemain à 9 heures du matin, le bourgmestre, M. Adolphe Max, qui, durant toute l'occupation et jusqu'à son emprisonnement, fut admirable de dignité, d'ironie spirituelle et d'héroïsme civique, se rendait sur la route de Tervueren à la rencontre du général Sixt von Armin, commandant de l'armée allemande, pour arrêter avec lui les conditions de la capitulation. Quelques instants après, les premiers ulhans entraient dans Bruxelles...
Pendant trois jours, ce fut l'invasion. De tous les côtés, les hordes d'Allemands arrivèrent dans la ville : les premières venaient de Louvain, mais bientôt ce furent tous les abords de la Cité qui en furent inondés. Ils passèrent comme un flot, comme un raz-de-marée, logeant dans les casernes, dans les monuments publics, chez les habitants des faubourgs, repartant le lendemain de leur marche automatique, obstinée vers le Sud, vers Paris. Bruxelles, pour cette première armée, armée magnifique, composée des meilleures troupes de l'Empire et qui, jusqu'à la Marne, parut s'avancer vers Paris d'un élan invincible, n'était momentanément qu'une étape, un centre de ravi- [taillement. La première affiche qui parut sur les murs de la ville, quelques heures à peine après l'installation du général von Armin à l'Hôtel de Ville, l'apprend à la population.
Bruxelles, le 20 août 1914.
PROCLAMATION
Des troupes allemandes traverseront Bruxelles aujourd'hui et les jours suivants, et sont forcées par les circonstances de réclamer à la ville la prestation de logements, de nourriture et de fournitures. Toutes ces prestations seront réglées régulièrement par l'intermédiaire des autorités communales.
Je m^attends à ce que la population se conforme sans résistance à ces nécessités de guerre et, spécialement, à ce qu'aucune agression n'ait lieu contre la sûreté des troupes, et à ce que les prestations exigées soient promptement fournies.
En pareil cas, je donne toute garantie pour la conservation de la ville et pour la sécurité des habitants.
Si cependant, ainsi qu'il est malheureusement arrivé ailleurs, il se produisait des agressions contre les troupes, des tirs contre les soldats, des incendies ou des explosions de tout genre, je me verrais contraint de prendre les mesures les plus sévères.
Le général commandant le corps d'armée,
SIXT von ARMLN.
Cette première proclamation était relativement modérée de ton. Le général qui l'avait signée n'avait sans doute pas oublié les premièresinstructions qui avaient élédonnées à l'armée d'invasion, dans l'hypothèse d'une demi complicité de la Belgique (1). Mais d'autres placards allaient bien-
(i) Voici l'affiche qui fut placardée sur les murs de Spa par les premières troupes allemandes qui pénètrent en Belgique convaincue qu'on allait les laisser passer.
Au Peuple Belge,
C'est à mon graad regret que les troupes allemandes se voient forcées de franchir la frontière de la Belgique. Elles agissent sous la contrainte d'une nécessité inévitable, la neutralité de la Belgique ayant été déjà violée par des officiers français qui, sous un déguisement, ont traversé le territoire belge en automobile pour pénétrer en Allemagne.
tôt donner un tout autre accent à l'altitude des vainqueurs. Le 21 août les faubourgs de Bruxelles sinon le cenlre de la ville étaient inondés d'affiches comminatoires :
Aux habitants de la Belgique,
Les événements des derniers jours ont prouvé que les habitants de la Belgique ne se rendent pas assez compte des tristes conséquences que les violations des lois de la guerre doivent entraîner pour eux-mêmes et pour tout le pays. Je leur recommande de lire attentivement la publication suivante :
1. Seront punis de mort tous les habitants qui tirent sur nos soldats sans appartenir à l'armée organisée et entreprennent de nuire à nos troupes ou d'aider les troupes belges ou alliées et qui se rendent coupables d'un acte quelconque apte à mettre en péril la vie ou la santé de nos soldats, enfin particulièrement qui commettent des actes d'espionnage.
Des perquisitions seront ordonnées dans les villages.
Qui sera attrapé ayant des armes dans sa maison subira une sévère punition, dans les cas graves la punition de mort.
Belges ! C'est notre plus graud dé?ir qu'il y ait encore moyen d'éviter un combat entre deux peuples qui étaient amis jusqu'à présent, jadis même alliés. Souvenez-vous du glorieux jour de Waterloo où c'étaient les armes allemandes qui ont contribué à fonder et établir l'indépendance de votre patrie.
Mais il nous faut le chemin libre. Des destructions de ponts, de tunnels, de voies terrées devront être regardées comme des actions hostiles.
Belges, vous avez à choisir.
J'espère donc que l'armée allemande ne sera pas contrainte de vous combattre. Un chemin libre pour attaquer celui qui voulait nous attaquer, c'est tout ce que nous désirons. Je donne des garanties tormeiles à la population belge qu'elle n'aura rien à soutl'rir des horreurs de la guerre, que nous paierons en or monnayé les vivres qu'il faudra prendre du pays, que nos soldats se montreront les meilleurs amis d'un peuple pour lequel nous éprouvons la plus haute estime, la plus grande sympathie.
C'est de votre sagesse et d'un patriotisme bien compris qu'il dépend d'éviter à votre pas les horreurs de la guerre.
Le général commandant en chef de l'armée de la Mehse.
— iO —
Les villages où des actes d'iioslililé seront commis par les habilanls contre nos troupes seront brûlés.
2. Seront tenus responsables de toutes les destructions des routes, chemins de fer, ponts, etc., les villages dans la proximité des points de destruction.
Les mesures les plus rif!;oureuses seront prises pour garantir la prompte réparation et pour éviter de semblables méfaits.
3. Chaque personne qui s'approchera d'une place d'atterrissement d'aéroplanes ou de ballons jusqu'à 200 mètres sera
fusillée sur place.
Pour la sauvegarde des intérêts supérieurs dont je suis chargé, je suis fermement résolu d'employer chaque moyen possible pour forcer le respect des lois de la guerre et pour protéger nos troupes contre les attaques d'une population hostile.
Les punitions annoncées ci-dessus seront exécutées sévèrement et sans grâce.
La totalité sera tenue responsable.
Les otages seront pris largement.
Les plus graves contributions de guerre seront infligées.
Par contre, si les lois de la guerre seront respectées et si tout acte d'hostilité sera évité, je garantis aux habitants de la Belgique la protection absolue de leur personne et de leur propriété.
Le commandant en chef de Varmée.
Cette aifîche concernait spécialement les villages, paraît-il.
Celle-ci s'adressait au pays tout entier.
Aux habitants des proi^inces occupées,
Les pouvoirs exécutif et administratif dans les provinces occupées passent aujourd'hui entre les mains des chefs supérieurs des troupes allemandes.
J'avertis la population de se tenir tranquille et de continuer à ses occupations civiles. Nous ne faisons pas la guerre aux habitants paisibles, mais seulement à l'armée. Si la population obéit, on ne lui fera pas de mal.
La propriété des communes et des particuliers sera respectée et les vivres et matériaux nécessaires à l'armée d'occupation seront exigés avec égard et seront payés.
D'autre pari, la résistance et la désobéissance seront punies avec extrême sévérité.
Toutes les armes, toutes les munitions, tous les explosifs doivent être remis aux troupes allemandes au moment de leur arrivée.
Les habitants des maisons où l'on trouverait des armes, des munitions, des explosifs, auront à craindre à'êtr. fusillés et de voir leurs maisons brûlées.
Quiconque résistera à main armée sera fusillé.
Quiconque s'opposera aux troupes allemandes,
Quiconque attentera à leurs blessés,
Quiconque sera trouvé l'arme à la main, sera fusillé de même.
Le général commandant le IIP corps d'armée.
von LOCHOW,
Général d'infanterie.
Je me souviendrai toujours de cette matinée ensoleillée où je lus, pour la première fois, ces atfiehes allemandes.
Une jolie lumière d'été, une lumière du Dimanche, baignuit les marronniers de l'Avenue Louise, la promenade élégante de Bruxelles. Sous les arbres, il y avait, comme tous les jours, dejolis enfants qui jouaient, mais les passants pressaient le pas, et de temps en temps, s'écartaient de quelques groupes de soldats allemands qui, les bras ballants, traînant leurs lourdes bottes, s'en allaient Dieu sait où, d'un air morne, et promenaient leurs yeux sans regard sur cette ville conquise. Rencontrait-on quelqu'un de connaissance, on s'arrêtait, on se serrait les mains sans rien dire de cet air de circonstance que l'on prend dans les maisons où il y a un mort. Et la beauté de la journée commençante, celte propreté, cet air de confort élégant qui fait le charme de Bruxelles, et que l'on sentait plus puissamment que jamais ce jourlà, semblait-il, contribuait à serrer le cœur. La ville, si animée, si fiévreuse la veille encore, paraissait brusquement être tombée dans le coma... ^
Mais, au coin d'un de ces larges carrefours aérés, qui
sonl une des beautés de la ville, devant la façade banale et bien lavée d'un vaste hôlel bourgeois, voici un attroupement : une cinquantaine de personnes qui s'agitent. De tous les points de la place, les passants se hâtent vers ce noyau d'une foule qui va grossissant. Qu'est-ce donc? L'épigastre contracté, sachant que tout est à craindre, chacun se précipite ; c'est l'affiche, ïà première àîiîche. On la lit péniblement, car elle est collée très haut afin qu'on ne puisse pas la déchirer. Ceux qui ont de bons yeux en communiquent les phrases à leurs voisins, et une stupeur indignée s'empare de cette foule. Dans les quartiers populaires, on m'a affirmé que l'indignation l'emporta, et que ce jour-là, les choses faillirent se gâter. Il fallut la fermeté de la police, et de quelques braves gens qui s'épuisèrent à donner des conseils de sagesse, pour empêcher que l'on ne molestât quelques soldats allemands, ce qui eût provoqué de terribles représailles. Mais parmi ces paisibles bourgeois, la stupeur dominait. A ces gens qui venaient de quitter leurs enfants, qui avaient fait dans ce décor accoutumé, la roule habituelle les conduisant à leurs affaires, voici qu'un général von Lochow parlait de fusillades, de maisons brûlées, de « punitions sévères ». La guerre, qu'ils n'avaient pas encore eu le temps de s'imaginer dans toute son horreur (le sac de Louvain n'avait pas encore eu lieu, et l'on ignorait à Bruxelles les massacres qui avaient eu lieu en Wallonie) et dont ils n'avaient eu encore, en ces jours de fièvre, que des échos confus et contradictoires, malgré la proximité des champs de bataille, se présentait à eux, chez eux, sous la forme brutale de cet ordre et de cette menace. Habitués à la vie la plus libre, fort enclins à se laisser aller au plaisir de fronder l'autorité la plus légitime, voici qu'ils apercevaient, sur le mur de leur maison, la silhouette insolente du poing germanique.
Ainsi donc, ils n'étaient plus chez eux dans leur propre ville, dans leurs propres maisons. Ils avaient des maîtres
et quels maîtres ! Ces gars étrangers qu'on avait vu passer par les rues, aux membres lourds, aux regards stupides, ces gars étrangers et leurs chefs arrogants et lointains. Us avaient des maîtres auxquels il allait falloir obéir sous peine d'être fusillé ou de voir sa maison brûlée. Pour la première fois, la guerre prenait à leurs yeux l'aspect d'un mal direct, concret, personnel ; pour la première fois, ils concevaient, ils sentaient que ce pays, cette ville où ils avaient leurs affaires, leurs habitudes, leurs amis, cette ville qu'eux et leurs pères avaient aménagée pour eux, celte ville, ces maisons, ces monuments qu'ils aimaient, dont ils étaient ûers, étaient à la merci d'un moment de colère ou de caprice d*un général von Lochow ou von Armin. N'y avait-il pas de quoi tomber dans le plus morne désespoir ?
Et, en effet, je ne voyais guère autour de moi que de pauvres mines bouleversées, décomposées. Le pénible silence de cette foule, silence qu'interrompait seule la voix de ceux qui lisaient l'affiche pour les nouveaux arrivants, avait quelque chose d'impressionnant. Mais tout à coup, un vieux monsieur, dont je vois encore la bonne figure réjouie de bourgeois brabançon, dit très haut, en haussant les épaules d'un air d'immense dédain : « Tout cela ne les empêchera pas de prendre la pile : il suffit d'un peu de patience !... »
Cette scène m'est demeurée gravée dans la mémoire, et il me semble qu'elle fixe très nettement l'attitude que Bruxelles n'a cessé de garder durant l'occupation.
Ah! la brave et bonne ville! Le premier moment de stupeur et d'inquiétude passé, et malgré quelques défaillances individuelles et exceptionnelles, elle n'a cessé d'opposer aux menaces et aux sourires insolents du vainqueur la même dignité tranquille, le même visage ironique et impénétrable. Von Armin, von Luettvitz, von der Goltz, von Bissing, tous les gouverneurs que les hasards de la politique allemande lui ont donnés, ont essayé tour à lour de la frapper de terreur ou de la séduire : elle n'a pas
bronché. Elle a continué à vivre comme si ces vainqueurs d'un jour n'existaient pas. D'instincI, elle a retrouvé en quelques semaines l'attitude de défense qui a permis à l'Alsace-Lorraine de maintenir sa protestation et son espoir pendant quarante-quatre ans : ironie, dignité, résignation. Dès leur arrivée, il semble qu'on se soit donné le mot du haut en bas de l'échelle sociale. Un général, venant discuter la queslion des réquisitions avec le bourgmestre, dépose avec ostentation son revolver sur la table : sans se troubler, M. Max tire son stylographe de sa poche, et, du mèrne geste que le brutal soldat, le place à côté de l'instrument de massacre ; afin d'impressionner la population, des bataillons se promènent par laviileet enseignent aux Bruxellois les splendeurs de la Parade-Marsch : aussitôt les gamins du quartier des Marolles, fichant des carottes dans le fond de vieux chapeaux melons, afin d'en faire des casques à pointe, et traînant derrière eux des tuyaux de poêle rouilles en guise d'artillerie, imitent à leur manière cette grotesque parade militaire ; on interdit de chanter la Brabançonne àdi.n?> les rues: on la chante dans les églises après l'office ; les officiers allemands, invités par ordre à se mélerle plus possible à la population, envahissent les cafés : aussitôt les cafés se vident comme par enchantement.
Tout d'abord, le ton, le style de cette attitude fut fixé par le bourgmestre. M. Adolphe Max fut vraiment, en ces heures tragiques, le chef, le père de la ville. Il incarna l'âme de la résistance, en détermina les moyens et en fixa les limites avec autant d'intelligence que de fermeté. Quand von der Goltz Pacha l'eut brutalement emprisonné, sans raison, sans prétexte, à la turque, les échevins qui prirent sa succession difficile n'eurent plus qu'à suivre ses traces. Us savaient comment s'y prendre, et toute la population le savait aussi.
Les affiches que nous publions racontent par le menu, presque jour par jour, quelles furent ses souffrances et
quel fui son héroïsme quotidien. Nous laissons aux juristes de l'avenir le soin de dégager ce qu'elles contiennent d'illégalités, de violences gratuites contre le droit privé et contre le droit public. Nous laissons aux lecteurs aujourd'hui la tâche d'imaginer que ces défenses brutales, ces permissions dédaigneuses, ces menaces rageuses et ces satisfecit insolents apportaient presque chaque jour de souffrance et de colère à une population habituée au plus libre, au plus libéral des régimes. Nous n'avons fait ici que réunir des documents indiscutables sur l'occupation allemande dans une ville où ils ont voulu se montrer exceptionnellement doux et humains.