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PENDANT LA GUERRE

LETTRE

de S. Ém. le Cardinal Archevêque de Paris au clergé et aux fidèles de son diocèse, ordonnant des prières pour la France.

Nos Très Chers Frères,

La patrie appelle aux armes ses enfants.

Après s'être efforcée, loyalement et jusqu'au bout, de conserver la paix, la France se voit contrainte à subir la guerre.

En face du danger qui menace le pays, toute division cesse parmi ses fils. Tous se lèvent, dans un mouvement unanime de fidélité au devoir et de dévouement à la patrie, prêts à tout sacrifier pour la défendre.

Nos soldats de tout âge et de toute condition partent avec une vaillance calme, confiante et résolue. Les épouses et les mères ont des larmes plein les yeux, mais elles les retiennent, et elles encouragent ceux qui s'en vont en les recommandant à Dieu*

C'est vers Dieu, en effet, que lèvent 4' abord leurs regards, en ces heures d'angoisses, tous ceux qui croient en lui.

Ils sont les premiers à le faire, ces officiers et ces soldats chrétiens qu'on a vus en si grand nombre se préparer au départ en mettant leur âme en paix avec Dieu.

Sans doute, N. T. C. F., la valeur de notre armée, l'admirable attitude de la nation tout entière, l'appui que nous garantissent nos alliances, nous permettent d'envisager la lutte avec confiance, mais nous ne saurions oublier que Dieu reste l'arbitre souverain des destinées des peuples et qu'il dispose à son gré de la victoire et de la défaite. C'est son concours qu'il faut avant tout nous assurer par la prière.

Prions donc, N. T. C. F., ainsi que nous y exhortait hier, dans un émouvant appel, le Père commun des âmes et des peuples, le Vicaire de Jésus- Christ.

Prions pour que cette terrible guerre, qui menace de mettre l'Europe entière à feu et à sang, prenne fin bientôt, sans avoir causé tous les massacres et toutes les ruines qu'on peut en redouter.

Prions pour que nos armes soient victorieuses comme elles l'ont été tant de fois dans le passé, et nous obtiennent de retrouver une paix durable dans l'honneur et dans l'intégrité de la patrie.

Prions pour que la mort ne fasse pas dans les rangs de nos chers soldats de trop cruelles hécatombes, et pour que tous ceux qui tomberont victimes du devoir meurent dans l'amitié de Dieu et

reçoivent de Lui la vie éternelle en récompense de leur sacrifice.

Afin que nos prières soient plus sûrement exaucées, nous leur donnerons l'appui de nos bonnes œuvres.

De toutes parts, des femmes généreuses se lèvent pour suivre nos soldats sur les champs de bataille, pour les soigner dans les hôpitaux et les ambulances. Tous ceux et celles qui le pourront voudront, par le travail et par l'aumône, s'associer à leur dévouement.

Nous n'oublierons pas les mères et les enfants que l'absence de l'époux et du père va laisser dans la détresse. Notre charité saura multiplier en leur faveur les sacrifices.

Tous enfin, nous offrirons à Dieu pour la Patrie notre part de privations et de souffrances. Nous nous efforcerons, par une vie plus complètement et plus généreusement chrétienne, d'attirer sur la France la protection du Christ qui l'aime toujours, et de la Très Sainte Vierge Marie qui demeure sa Reine et sa Mère.

LETTRE

ùe Son Éminence le Cardinal Archevêque de Paris au clergé et aux fidèles de son diocèse à l'occasion de la mort de Sa Sainteté le pape Pie X.

Nos Très ghers Frères,

Une douloureuse nouvelle nous arrive.

Après quelques jours d'une maladie qui, jusqu'à hier, semblait devoir être bénigne, N. T. S. P. le Pape Pie X s'est éteint cette nuit à 1 heure et demie.

En toutes circonstances, la perte d'un Pontife si vénéré et si aimé, d'un Pape si saint, si fort et si bon, eût été un grand deuil pour l'Église. Ce deuil est particulièrement cruel dans les conjonctures si graves où nous sommes, alors qu'une guerre formidable arme les unes contre les autres les plus grandes nations de l'Europe.

De cette guerre, qu'il s'était vainement efforcé d'empêcher, on peut dire que Pie X meurt en victime. A l'heure où elle éclatait, il disait au monde qu' « il « sentait son âme déchirée par la plus poignante dou- « leur à la pensée du péril qui menaçait le salut et la « vie de tant d'hommes et de tant de peuples » , Nul doute que cette douleur, oppressant son cœur paternel, n'ait aggravé le mal qui vient de l'emporter.

Le temps nous manque aujourd'hui pour vous rap-

peler, N. T. C. F., ce qu'a été, durant les onze années de son règne, le Pontife que nous pleurons. Nous ne pouvons, à cette première heure, que vous demander instamment vos prières pour le repos de son âme.

Sans doute, il nous semble bien qu'en expirant, le vénéré défunt pouvait redire avec confiance la parole de saint Paul : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi; elle m'attend, la couronne de justice que le juste Juge réserve à ceux qui aiment son avènement (1). »

Toutefois nous ne pouvons oublier que les jugements de Dieu sont redoutables pour ceux qui ont porté des responsabilités si lourdes. Nous supplierons donc avec ferveur Notre-Seigneur Jésus- Christ d'admettre au plus tôt dans son royaume céleste ce Pontife qui n'a eu en ce monde d'autre souci que l'avènement de son règne.

Quelle place a tenue la France dans son cœur et dans son dévouement apostolique, vous ne l'ignorez pas, N. T. C. F. De France Lui sont venues de grandes douleurs, que Nous ne voulons pas rappeler à cette heure, mais de France aussi. Il se plaisait à le redire. Il a reçu de grandes consolations. Il le constatait chaque jour : la séparation, qui a rompu les liens officiels entre l'Eglise et sa Fille aînée, n'a pas brisé leur union. La soumission unanime du clergé et des fidèles aux décisions que dut prendre Pie X pour

(1) Timoth,, IV, 7.

sauvegarder les droits de la hiérarchie sacrée et la liberté de l'Église, le courage avec lequel furent acceptés les sacrifices qui en étaient la conséquence, le zèle et l'activité généreuse déployés par les catholiques pour relever les ruines accumulées et préparer un avenir meilleur, toutes ces choses réjouissaient le cœur du saint Pontife, et II daignait nous en féliciter. Il aimait nos gloires religieuses : il était heureux de montrer sur sa table de travail deux figures françaises, auxquelles II avait décerné l'auréole des Bienheureux et qu'il souhaitait vivement de canoniser : Jeanne d'Arc et le Curé d'Ars. Qui ne se souvient du geste spontané et touchant par lequel, au lendemain de la béatification de notre héroïque Libératrice, Il portait à ses lèvres, sous les vcûtes de la Basilique de Saint-Pierre, notre drapeau national? Comment oublier ces admirables paroles, qu'avec un accent où passait tout son cœur. Il adressait à la France, le jour où il remettait à quatre de ses Fils les insignes de la dignité cardinalice : « Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux fonts baptismaux de Reims retournera à sa première vocation.... Les fautes ne resteront pas impunies, mais la fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes ne périra jamais. Un jour viendra, et Nous espérons qu'il ne tardera guère, où la France entendra une voix (la voix de Jésus-Christ) qui lui répétera ; « Lèvetoi et purifie-toi des souillures qui t'ont défigurée : réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, fille aînée de l'Eglise,

nation prédestinée, vase d'élection, va porter, comme par le passé, mon nom devant tous les peuples et devant les rois de la terre (1). »

Ces paroles nous parurent alors quasi prophétiques. A l'heure où Celui qui les prononçait vient de quitter la terre, à voir l'admirable mouvement de vaillance, d'union patriotique et de foi religieuse qui soulève notre pays tout entier, n'est-il pas permis de croire que la prophétie va se réaliser ? Du haut du ciel, le saint Pape auquel Dieu l'inspira y aidera par ses prières.

tl) Allocution du 29 novembre 1911.

LETTRE

de Son Éminence le Cardinal Archevêque de Paris au clergé et aux fidèles de son diocèse à l'occasion de l'élection de Sa Sainteté le Pape Benoît XV.

Paris, le 10 septembre 1914.

Nos Très Chers Frères,

Nous voici revenu au milieu de vous, après une absence qui a paru bien longue à Notre cœur.

Nous vous avions quittés pour aller à Rome accomplir un grand devoir et participer à l'élection d'un nouveau Vicaire de Jésus-Christ.

Après avoir, durant plusieurs jours, uni à nos Vénérables Frères du Sacré Collège, pris part aux prières solennelles prescrites par l'Église pour le repos de l'âme du Souverain Pontife défunt, Nous entrions en Conclave, au Palais du Vatican, le soir du lundi 31 août.

Quelle émotion profonde Nous ressentions, en Nous enfermant dans ce nouveau Cénacle, suppliant l'Esprit saint de désigner Lui-même l'élu de Dieu, celui que Notre Seigneur avait marqué pour tenir sa place ici-bas et diriger son Église en des temps si graves et si difficiles !

Reconnaître cet élu, sans autre souci que celui de

la plus grande gloire de Dieu et du plus grand bien des âmes, telle était l'unique préoccupation des cinquante-sept Cardinaux présents à l'auguste assemblée. Peu à peu, dans les scrutins qui se succédèrent, le choix divin apparut de plus en plus clairement : le jeudi 3 septembre, à dix heures et demie, l'Éminentissime Cardinal Jacques délia Chiesa, Archevêque de Bologne, était proclamé Souverain Pontife, et II prenait le nom de Benoît XV, en souvenir du grand Pape Benoit XIV, qui avait été son prédécesseur sur le siège de Bologne. Une heure après, l'heureuse nouvelle était annoncée au peuple romain, réuni en foule sur la place Saint-Pierre, et bientôt, du haut du balcon intérieur de la grande basilique Vaticane, remplie par une multitude enthousiaste, le nouveau Pontife donnait sa première bénédiction à la Ville et au monde.

La voix publique vous a déjà dit. Nos très chers Frères, comment la Providence l'a merveilleusement préparé à porter ce qu'il appelait Lui-même, en acceptant son élection, t le formidable fardeau » du suprême pontificat : onus formidahile.

Issu d'une noble et antique famille génoise, dont le nom rappelle le dévouement traditionnel à l'Eglise, Benoit XV a été formé à l'école du grand Cardinal RarapoUa, de sainte mémoire, dont II fut le disciple et le collaborateur très aimé et très fidèle, à la nonciature de Madrid et à la Secrétairerie d'Etat du Saint-Siège. En 1907, Il était nommé archevêque de Bologne par Sa Sainteté Pie X, qui voulut le sacrer de ses maints, et, pendant sept années. Il a exercé en

Cé grand diocèse un ministère pastoral des plus fructueux. Tous s'accordent à louer son intelligence cultivée et largement ouverte, sa doctrine sûre, sa sagesse, sa fermeté, sa bonté, son zèle et sa piété.

Pourquoi n'ajouterions- Nous pas qu'il connaît et qu'il aime particulièrement notre pays? Lorsqu'à l'instant même de son élection, et avant l'hommage officiel d'obédience, il Nous fut donné de Nous approcher de Lui, Il daigna- Nous dire cette parole ; « En embrassant l'Archevêqiie de Paris, j'embrasse la France, la Fille aînée de l'Église : qu'elle redevienne ce qu'elle a été! » Quelques heures plus tard, Il Nous répétait les mêmes sentiments; et comme Nous lui demandions l'autorisation de quitter Rome dès le lendemain pour revenir parmi vous. Il Nous exprimait le vif désir de voir les Cardinaux français représenter notre patrie à la solennité de son couronnement. Nous fûmes heureux de pouvoir déférer à ce désir si bienveillant. Et maintenant nous revenons à vous, le cœur débordant de reconnaissance envers Dieu qui Nous a donné un tel Pontife, et les mains remplies des prémices de ses bénédictions.

Comme elles nous sont nécessaires à cette heure, ces bénédictions du Père et du Pasteur des âmes et des peuples !

Le fléau de la guerre sévit de plus en plus terrible sur notre cher pays. Un instant, notre grande capitale s'esf vue menacée par l'ennemi, et si le péril semble s'éloigner, il s'en faut qu'il soit définitivement

conjuré. Nous ne l'ignorons pas, Nos très chers Frères, vos courages et votre foi sont à la hauteur de l'épreuve. Tandis que nos braves soldats et nos vaillants alliés combattent avec héroïsme, tandis que des dévouements généreux se prodiguent pour panser les blessures, la charité se dépense sans compter pour soulager la misère; en même temps, de toutes nos églises et de toutes les âmes croyantes, la prière ne cesse de monter vers le ciel pour le salut de la patrie.

Nous savons avec quel pieux empressement» après nos grandes supplications au Sacré-Cœur et à Notre- Dame-des-Victoires, vous êtes allés invoquer, près de son tombeau, sainte Geneviève, la patronne de Paris et de la France, et, dans l'église où elle a prié, la bienheureuse Jeanne d'Arc, libératrice de la patrie.

Nous croyons répondre à vos vœux en vous convoquant encore à une solennelle réunion de prières, en notre Église Métropolitaine de Notre-Dame, dimanche prochain, 13 septembre, jour où nous célébrerons la solennité de la Nativité de la Très Sainte Vierge. Ce jour-là, à 3 heures, nous y ferons une procession solennelle où seront portées les reliques des saints et saintes protecteurs et protectrices de Paris, et nous conjurerons ensemble Marie de se montrer une fois de plus Patronne de la France et Secours des chrétiens.

Nous recommanderons en même temps à Dieu les âmes des chers soldats qui, en si grand nombre déjà, sont tombés au champ d'honneur ; nous demanderons pour eux le bonheur éternel en échange de leur sanglant sacrifice.

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