OBJET SUPÉRIEUR DE L'ART
I. — La grâce est bien autre chose que la simple économie de la force, seule définition que M. Spencer en ait donnée; elle exprime essentiellement un état de volonté. Remarquons-le, en effet, chez les êtres vivants les mouvements gracieux sont toujours plus ou moins associés à la joie et à la bienveillance, deux sentiments voisins l'un de l'autre. La joie est la conscience d'une vie pleine et en harmonie avec son milieu; or, quand il y a harmonie, il y a par cela même tendance à la sympathie. La grâce est Texpression visible de ces deux états : la volonté satisfaite et la volonté portée à satisfaire autrui. La grâce, en effet, suppose une certaine détente des muscles, qui ne se produit guère chez l'animal qu'à l'état de repos, de vie expansive et d'intention pacifique. Que la douleur et la lutte surviennent, que l'hostilité et la colère éclatent, aussitôt les membres se raidissent. Tandis qu'un chien joue, faites un peu de bruit dans un buisson, et vous verrez la transformation soudaine de l'attitude : le cou se tendra^