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Vers d^un philosophe. La douce mort

INTRODUCTION

les pensées et les aspirations de son temps. Ceux mêmes dont il a cru devoir combattre les idées n'ont pu s'empêcher de subir l'attrait de cet esprit aux larges sympathies, qui avait pris pour devise : Tout aimer pour tout comprendre.

A des mérites dont un autre aurait pu tirer quelque vanité, il joignait une modestie vraiment philosophique. C'est précisément, disait-il, parce que le philosophe sait combien de choses il ignore, qu'il ne peut pas affirmer au hasard et qu'il est réduit sur bien des points à rester dans le doute, dans l'attente anxieuse, « à respecter la semence de vérité qui ne doit fleurir que dans l'avenir lointain >.

Ses travaux, déjà si nombreux et si féconds, ne lui paraissaient que peu de chose auprès de ce qu'il espérait faire. Dans les dernières années de sa vie, tout lui souriait, les joies de l'amour partagé, celles de la famille et de la paternité, le succès toujours grandissant de ses ouvrages, l'avenir pour lui plein de promesses. Le seul point noir était cette santé si chancelante et depuis si longtemps menacée. Pendant une dernière maladie de cinq mois, en voyant ses forces et sa vie lui échapper jour par jour, quelle amertume dut lui monter au cœur! Il n'en laissa rien voir. Il n'était préoccupé que de cacher ses souffrances et ses tristes pressentiments, pour ne pas affliger les siens. On ne saurait avoir plus de force d'âme, phi s de douceur sereine en face de la douleur, en face de la mort, qu'il attendait, comme il l'avait dit, « debout ». Il mourut à Menton le 31 mars 1888, à l'âge de 33 ans.

On a gravé sur le marbre ces paroles tirées de son dernier livre, et qui sont comme sa voix même sortant de la tombe, sa voix retentissante de l'accent des pensées éternelles :

« Ce qui a vraiment vécu une fois revivra, ce qui semble mourir ne fait que se préparer à renaître. Concevoir et vouloir le mieux, tenter la belle entreprise de Pidéal, c'est y convier, c'est y entraîner toutes les générations qui viendront après nous. Nos plus hautes aspirations, qui semblent précisément les plus vaines, sont

INTRODUCTION

comme des ondes qui, ayant pu venir jusqu'à nous, iront plus loin que nous, et peut-être, en se réunissant, en s'amplifiant, ébranleront le monde. Je suis bien sûr que ce que j'ai de meilleur en moi me survivra. Non, pas un de mes rêves peut-être ne sera perdu ; d'autres les reprendront, les rêveront après moi, jusqu'à ce qu'ils s'achèvent un jour. C'est à force de vagues mourantes que la mer réussit à façonner sa grève, à dessiner le lit immense où elle se meut. >

Alfred Fouillée.

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