‹ Pages choisies, avec une introduction et des notesChapitre 36 sur 91 · LE DON JUAN INTIME · texte numérisé non relu

LE DON JUAN INTIME

Toutes les fois qu'une de vous, Dupe de la pire chimère.

O vierges, fait pleurer sa mère Et la quitte pour un époux,

Pour peu qu'elle me soit connue, Qu'elle m'ait plu, fût-ce un moment, Qu'elle m'ait tendu gentiment, Un soir, sa main souple et menue,

Malgré moi, d'un regret obscur Mon âme en secret est saisie.

Ce n'est point de la jalousie :

C'est une souffrance à coup sûr.

Je porte le deuil insensé D'une chose vague et charmante.

Qu'un bourgeois loue et complimente La vierge au bras du fiancé !

L'aube innocente qui frissonne Dans ses yeux humides et doux Hier appartenait à tous, Puisqu'elle n'était à personne.

Discret et sans rompre le rang, J'en jouissais autant qu'un autre ; Elle était mienne, elle était vôtre :

On nous l'enlève, on me la prend !

Un garçon bien mis l'a conquise.

Et pourquoi lui, mon Dieu! pourquoi?

Bien qu'elle ne fût pas à moi, Je suis triste qu'on me l'ait prise.

Car cet inconnu m'a volé

Des chances de joie ou de peine.

Il a rétréci le domaine

Où flottait mon rêve envolé.

L AUTEUR A TRAVERS SON ŒUVRE

Les yeux secs et la bouche close, J'étouffe dans mon cœur plaintif Un Don Juan candide et craintif Qui voudrait pleurer et qui n'ose.

(Les Médaillons.)

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