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LES « TABLES DE CHAULNES

Fénelon, en octobre 1711, se rencontra à Chaulnes, en Picardie, avec le duc deChevreuse. Ils dressèrent ensemble, pour être proposées au dauphin, ce qu'on a appelé les « Tables de Chaulnes », c'est-à-dire des tableaux, des listes de réformes à accomplir dans le gouvernement du royaume.

Sur l'armée, sur 1' « ordre de dépense de la cour » ; sur l'Eglise et les rapports du temporel et du spirituel ; sur la justice, la suppression ou la réduction de la vénalité des charges, la réunion des justices seigneuriales à la justice des bailliages (« peu de juges, peu de lois » ) ; sur la liberté du commerce, il y a des indications excellentes. Mais la « table » de l'Administration intérieure du royaume et la « table » de la Noblesse sont surtout à considérer.

... La puissante originalité de la grande réforme proposée par les Tables de Chaulnes, c'est que c'était une réforme « par réaction ». C'était, comme Fénelon le dit ailleurs, le « retour à l'ancien ordre de choses », mieux compris. Cet utopiste prétendu se montre ici, à mon sens, bon réaliste, parce qu'il se trouve, cette fois, en présence des réalités. Donc, plus de chimères, comme dans les Dialogues des Morts ou le Têlémaque. Son programme, tout pénétré d'humanité, mais aussi de raison, accordait, pour tout l'essentiel, plus que ne demanderont, quatrevingts ans plus tard, les Cahiers du Tiers, mais l'accordait au nom même de la tradition et excluait les plus dangereux rêves du dix-huitième siècle : la liberté et l'égalité idéologiques et la souveraineté du nombre. Appliqué avec les tempéraments ou les corrections que les choses mêmes eussent conseillés, il eût pu épargner à la France sa sinistre révolution.

(Fénelon )

Arthème Fayard, édit.

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