III, VIT. — DU PRINCIPE DE LA MONARCHIE
Le gouvernement monarchique suppose, comme nous avons dit, des prééminences1, des rangs, et même une noblesse d’origine. La nature de Yhonneur est de demander des préférences et des distinctions ; il est donc, par la chose même, placé dans ce gouvernement.
L’ambition est pernicieuse dans une république. Elle a de bons effets dans la monarchie ; elle donne la vie à ce gouvernement; et on y a cet avantage, qu’elle n’y est pas dangereuse, parce qu’elle y peut être sans cesse réprimée2.
Vous diriez qu’il en est comme du système de l’univers, où il y a une force qui éloigne sans cesse du centre tous les corps, et une force de pesanteur qui les y ramène3. L’honneur fait mouvoir toutes les parties du corps politique; il les lie par son action même et il se trouve que chacun va au bien commun, croyant aller à ses intérêts particuliers.
Il est vrai que, philosophiquement parlant, c’est un honneur faux qui conduit toutes les parties de l’État; mais cet honneur faux est aussi utile au public que le vrai le serait aux particuliers qui pourraient l’avoir.
Et n’est-ce pas beaucoup d’obliger4 les hommes à faire toutes les actions difficiles, et qui demandent de la force, sans autre récompense que le bruit5 de ces actions?
III, ix. — DU PRINCIPE DU GOUVERNEMENT