IV. LA DÉMOGRAPHIE1 S 2a
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Il 6. USBEK AU MÊME. (RHÉDl).
Nous avons, jusques ici, parlé des pays mahométans et cherché la raison pourquoi ils sont moins peuplés que ceux qui étaient soumis à la domination des Romains. Examinons à présent ce qui a produit cet effet chez les chrétiens.
Le divorce était permis dans la religion païenne, et il fut défendu aux chrétiens. Ce changement, qui parut d’abord de si petite conséquence, eut insensiblement des suites terribles, et telles qu’on peufa peine les croire.
On ôta non seulement toute la douceur du mariage, mais aussi l’on donna atteinte à sa fin : en voulant resserrer ses nœuds, on les relâcha, et, au lieu d’unir les cœurs, comme on le prétendait, on les sépara pour jamais.
Dans une action si libre, et où le cœur doit avoir tant de part, on mit la gène2, fa nécessité et la fatalité du Destin3 même. On compta pour rien lès dégoûts, les caprices- et l’insociabilité des humeurs; on voulut fixer le cœur, c’està-dire ce qu’il y a de plus variable et de plus inconstant dans la nature ; on attacha sans retour et sans espérance des gens accablés l’un de l’autre et presque toujours mal assortis; et l’on fit comme ces tyrans qui faisaient lier des hommes vivants à des corps morts.
' kien ne contribuait plus à l’attachement mutuel que la faculté du divorce : un mari et une femme étaient portés à soutenir patiemment les peines domestiques, sachant qu’ils étaient maîtres de les faire finir, et ils gardaient souvent ce pouvoir en main toute leur vie sans en user, par cette seule considération qü’ils étaient libres de le faire.
Il n’en est pas de même des chrétiens, que leurs peines présentes désespèrent pour l’avenir : ils ne voient dans les désagréments du mariage que leur durée, et, pour ainsi dire, leur éternité. De là viennent les dégoûts, les discordes, les mépris, et c’est autant de perdu pour la postéfïtëTA peine a-t-on trois ans de mariage qu’on en néglige l’essentiel; on
1. Cette science était en enfance. Elle n’avait pas encore de nom; 2. La torture (gehenne); 3. Le Destin et le Fatum sont une même chose : renforcement d’expression.
passe ensemble trente ans de froideur ; il se forme des séparations intestines aussi tortes et peut-être plus pernicieuses que si elles étaient publiques; chacun vit et reste de son côté, et tout cela au préjudice des races futures...
-Si, de deux personnes ainsi liées, il y en a une qui n’est pas propre au dessein de la Nature et à la propagation de l’Espèce, soit par son tempérament, soit par son âge, elle ensevelit l’autre avec elle et la rend aussi inutile qu’elle l’est elle-même.
Il ne faut donc pas s’étonner si l’on voit chez les chrétiens tant de mariages fournir un si petit nombre de citoyens...
A Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718.