‹ Pages choisies de Charles MoriceChapitre 21 sur 38 · SIESTE · texte numérisé non relu

SIESTE

Même la fleur de ses cheveux languit, et midi brûle

Sur la mer dont l'eau lasse et lente avec langueur ondule

Et miroite, et midi brûle dans les bois, et midi

Brûle dans les cases. Pas un souffle. L'air engourdi,

Pesant, sec, est fait de chaleur condensée et solide.

Tout semble mort. L'Ile est déserte, comme le ciel vide,

Et dès longtemps a cessé l'agitation du port.

Tout dort. Sauf le soleil et ses chiens de flammes, tout dort.

Téhura dort, nue et seule sur sa couchette étroite.

La fenêtre est close de rideaux lourds, mais sa peau moite

S'étoile de points d'or fauve dans la demi-clarté,

Et Téhura dort, à l'abandon, avec volupté.

Soudain, elle tremble, frissonne et frémit tout entière :

L'esprit des morts veille ! Téhura sent sur ses paupières

Passer le vent de l'aile affreuse des Tupapaûs.

Puis le cauchemar s'évanouit et des songes doux

Conduisent la dormeuse à la porte crépusculaire

De la sieste. Elle entr'ouvre ses yeux : la fureur solaire

Est apaisée, on renaît, on respire — et Téhura

Se lève et vers la vie et vers l'amour tend ses beaux bras.

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