‹ Pages choisies de MériméeChapitre 23 sur 113 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

tendre pour ses semblables qu'il n'en a l'air, nous l'avons vu. Mais cet amour pour les bêtes n'est pas pour nuire à notre sympathie. Sympathie qu'il mérite encore par sa discrétion à toute épreuve, comme par un vif sentiment de sa dignité et de son honneur, ce qui ne va guère sans une certaine délicatesse de sentiments. Il suffira ici de rappeler qu'il a toujours eu la pudeur du bien qu'il faisait, qu'après avoir subi quinze jours de prison par excès de zèle pour un ami, il crut de son devoir d'offrir sa démission à son ministre, qu'il refusa nettement en 1848 de quitter pour Madrid Paris et l'émeute, écrivant simplement qu'il avait des devoirs et qu'il saurait les remplir, enfin qu'il n'accepta pas à plusieurs reprises les services de toutes sortes que lui offrait une généreuse amitié, tout en sachant d'ailleurs affectueusement concilier sa fierté naturelle et sa juste reconnaissance : « Je suis bien touché des offres que vous me faites. J'en profiterai peut-être un jour, mais nous n'en sommes pas là encore, Dieu merci! Croyez qu'il n'y a personne au monde à qui je demandasse un service avec plus de confiance qu'à vous, ni aucun lieu où je me trouvasse moins exilé qu'à Madrid. ' »

Cette sympathie s'accroît encore quand on voit dans la correspondance avec quelle conscience, quelle ardeur et quel tact il remplit ses devoirs d'inspecteur des monuments, tâche où sa bonté naturelle trouve aussi de quoi s'exercer -; quand on sait aussi

\. A la comtesse de Montijo; cf. Filon, p. 182.

2. Le 29 juillet 1846, il écrit : <• Pour m'achever j"ai trouvé

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