XII INTRODUCTION
Madrid il envoie quatre lettres, chaudes et colorées, à la Revue de Paris. C'est de ce voyage que date son amitié avec le comte et la comtesse de Teba, bientôt comte et comtesse de Montijo.
Quand il revint en France la Révolution de juillet était chose faite. 11 en profita, grâce à quelques articles qu'il avait donnés au Globe et au National (et qui lui avaient valu d'être représenté par David d'Angers parmi ceux qui portaient le général Foy, sur l'un des bas-reliefs de son tombeau), grâce surtout à la famille de Broglie et au comte d'Argout. Tl fut chef de cabinet de ce dernier dans ses divers ministères, durant deux ans. Ce furent deux années de plaisirs, où les Lettres eurent tort, et où il vécut en « très grand vaurien » comme il dira plus tard en plaisantant, occupant les loisirs que lui laissait la politique ou à dîner avec Beyle, Viel-Gastel, Delacroix... et autres, ou à promener par les salons un scepticisme, une ironie, une froideur sarcastique qui s'accentuèrent alors davantage encore.
Quand les Lettres le reprirent en 1833, année où, après une orageuse intimité avec George Sand qui se termina par une brouille, il fit paraître cette exquise anecdote, histoire éternelle des cœurs, La Double méprise, ce fut pour la partager bientôt avec les Arts et, qui plus est, avec l'Histoire. Après avoir donné, en 1834, un récit un peu sombre et mystique, les Ames du purgatoire, en 1835, grâce à sa nouvelle fonction d'inspecteur général des .monuments historiques, l'âge aidant d'ailleurs, Mérimée va prendre plus de goût pour les œuvres de science et de critique. Les Lettres pures ne seront plus guère
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pour lui, dorénavant, qu'un délassement à ses voyages, à ses études, à ses rapports, sans parler de sa correspondance déjà importante. Mérimée a en effet un nombre raisonnable de correspondants... et correspondantes. Contentons-nous de citer M. et madame Lenormand, madame la comtesse de Montijo, mademoiselle Dacquin, M. Albert Stapfer.
De 1835 à 1840, époque où paraîtra Colomba, ce ne sont donc, à l'exception de La Vénus cCIUe et d'un article sur Henri de Guise, que notes de voyage et rapports. Le Midi, l'Ouest, l'Auvergne, le palais des papes à Avignon, etc., sollicitent sa plume. Voyageur infatigable, inspecteur d'une conscience rare, savant d'un goût très sûr, il commence et poursuit son œuvre, lentement et sûrement, qui est de sauver de l'ignorance et de la brutalité des architectes provinciaux tel ou tel monument et de réparer et d'agrandir le patrimoine artistique de la France. D'où ces notes de voyage, si intéressantes, si nettes, parfois si pittoresques, qu'illuminent souventaussi l'ardeur et la foi de cet enthousiasteartiste .
De France il passe en Espagne, dans sa « chère Espagne », en 1840. En 1842 il ira en Grèce et en Turquie. Or l'étude des arts a stimulé son goût pour l'histoire romaine. En même temps que des notes sur la Rome moderne, paraissent en 1841 des Éludes sur l'histoire romaine '. L'art toutefois ne perd pas ses droits : voici, en 1842, des pages sur les Monuments lielléniques; en voici, en 1843, sur VAvcliitecture au moyen âge.