‹ Pages choisies de NadaudChapitre 102 sur 146 · SAMEDI SOIR · texte numérisé non relu

SAMEDI SOIR

Samedi soir, c'est jour de paye.

Et demain, c'est jour de repos.

En avant, les joyeux propos !

Que toute chaumière s'égaye !

Samedi soir samedi soir !

Enfants, enfants, demain dimanche.

Femme, demain la coiffe blanche !

Ouvrier, demain le rasoir !

Mais là, dans la pauvre demeure, La famille du tisserand, Quatre enfants, mère et mère grand.

Attend déjà depuis une heure.

C'est tarder plus que de raison ; Il ne se peut qu'on se promène, Quand on a touché sa semaine, Et que tout manque à la maison.

Vingt francs, la somme est d'importance ;

Mais on doit tant ! Et puis, on dit

Que pour faire vivre crédit.

Il faut lui donner subsistance.

Il faut payer ici, là-bas.

Deux francs à gauche, un franc à droite.

Le lit s'en va, la table boite...

Le tisserand ne revient pas.

Qui peut l'arrêter de la sorte ?

Huit heures ont déjà sonné,

Et, depuis le jour terminé,

La fabrique a fermé sa porte.

Il était si gai ce matin !

Si Pierre était tombé malade ?

S'il était !... Non, un camarade

Nous l'eût appris, c'est bien certain.

Encore une heure, encore une heure,

Et Pierre n'est pas arrivé !

Les femmes récitent Y Ave.

Un enfant joue, un autre pleure.

Du bruit !...*Non, c'est le pauvre chien

Qui dans la rue attend son maître.

Que peut-il faire ? Où peut-il être ?

On ne voit rien, on n'entend rien.

Enfin, enfin, un pas... Silence !

Quatre voix disent : « Le voici ! »

Deux voix répondent : « Dieu merd ! » Au cou du héros on s'élance.

Les petits sautent triomphants.

Les femmes paraissent revivre. Grand Dieu ! Qu'a-t-il fait ? Il est'^ivre ! Pauvres femmes, pauvres^enfants !

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