LE PETIT VERS
Le grand vers disait au petit :
« Vous n'êtes pas de ma famille. » Le petit vers lui repartit :
« Selon ses moyens, chacun brille ; A vous les grands airs, le grand ton, La voiture noble et massive.
Moi, je suis le simple piéton :
Je prends le sentier et j'arrive. »
Tous les mots ont un sens précis ; voyez plutôt L'immortel Béranger et l'éternel Nadaud.
Il est malin, malin ; mais il le fait connaître. Le plus fin est celui qui ne paraît pas l'être.
L'esprit de tes chansons, point certes ne l'approuve Mais je suis captivé par l'esprit que j'y trouve.
Deux vers par jour en cinquante ans Ça fait bien des mille et des cents.
Cette fois, ce n'est pas un leurre.
Nous tenons bien l'assiette au beurre.
La vie à bon marché ? Mais c'est tout le contraire. Élevez donc les prix, et surtout le salaire.
Le cœur est une plante ayant double produit^ L'amour en est la lEleur et l'amitié le fruit.
Ceux qui font des alexandrins sans hémistiche,
Font du rythme un monstre, et de la rime un fétiche.
I. Sauf indication contraire, tous les morceaux rangés sous ce titre sont restés inédits jusqu'à présent. Nous les devons soit à la bonté éclairée de la sœur très distinguée du chansonnier, Mnie Wacrenier-Nadaud aujourd'hui décédée, soit surtout à l'extrême libéralité de sa nièce M">e Armand Masson, à son désintéressement et à sa patience.
Les précieux papiers du poète, déjà jaunis par le temps, ont pu être ainsi explorés et honnêtement exploités. Ces dossiers dans lesquels le bon chansonnier se retrouve toujours vivant, toujours sincère et souriant, ne peuvent être utilisés qu'avec discernement. Ils renferment, en effet, un certain nombre d'essais et beaucoup de vers de la période de jeunesse. Nadaud se réservait d'en tirer parti, quelque jour, mais à coup sûr il ne les aurait pas livrés à l'impression tels qu'ils sont aujourd'hui.
Coulez mes chants, triste murmure, Coulez de mon cœur anxieux.
Comme le sang d'une blessure Ou comme les larmes des yeux.
Un homme rempli de travers Ne se lassait pas de redire Que, pour ne pas écrire en vers, Ce n'est pas la peine d'écrire.
Garde le respect de l'enfance Et réchauffe par tes accents Le souvenir et la défense Des opprimés et des absents.
Il a reçu du ciel cette faveur étrange D'avoir l'oreille close au mal qu'on dit de lui, Mais de l'avoir toujours ouverte à la louange. Le cas date d'hier... Il est Sourd aujourd'hui.
O ministres verbifères Qui parlez toujours, toujours.
Gérez donc mieux nos affaires Et faites moins de discours.
Nos députés et sénat eiu^s
N'ont rien fait qui puisse surprendre
Pour acheter leurs électeurs.
Ils sont bien forcés de se vendre.
Êtes-vous commerçant, soldat, agriculteur,
Homme de loi, de plume, ou de quelque autre sorte ?
Artisan, ouvrier ? — Non, je suis électeur.
J'ai mon vote ; il faut bien que tout état rapporte.
Aimez-vous bien les cèpes ? — Je les aime. Mais s'ils sont bons. — Pas de si, pas de mais.
Je les ai tous cueillis moi-même.
— Merci, je n'en mange jamais.
A l'estomac qui jeûne Le mets le plus frugal Devient un vrai régal :
Rester pauvre, c'est rester jeune.
Un poète rempli d'espoir Édite son œuvre complète.
Tout le monde voudrait l'avoir, Mais personne, hélas ! ne l'achète.
Un seul mot sur C. Delavigne :
Les romantiques l'ont pendu, J'en juge qu'il n'est pas indigne D'être quelque peu défendu.
Ainsi c'est convenu, désormais c'est l'usage Que le compositeur dirige son ouvrage.
S'il est applaudi, soit, mais quelle vanité ! Et s'il ne l'était pas, Dieu, quelle humilité !
Le plus doux des humains, le cœur le plus aimant, L'âme bonne toujours, mais absolument bonne. Tout plein d'attentions, tout soin, tout dévouement Pour sa propre personne.
Toi qui vécus toujours en proie aux usuriers,
Te voilà riche enfin de par tes chansonnettes.
Comme tu vas pouvoir payer tes créanciers !
— Mais non ! Comme je vais pouvoir faire des dettes !
C'est un esprit puissant, une tête profonde. Mais il est plus superbe encore que savant. Il croit être le centre et le pivot du monde Et veut que le soleil se lève à son levant.
Je ne saurai plus lire, Mais je peux écouter ;
Je ne peux plus écrire, Mais je pourrai dicter.
Le tramway de Taitbout allant à la Muette Est d'allure élégante et de mine proprette ; Il est large, commode et confortable ; mais.. Mais il part rarement et n'arrive jamais.
Voulez-vous flatter la manie D'un poète assez insolent ?
Voici : trouvez-lui du génie Il vous trouvera du talent.
Quel est ce triste personnage ?
Il a fait des refrains plaisants :
Il fut jeune à la fleur de l'âge ; Il est vieux au déclin des ans.
L'oiseau traverse l'air sans y laisser de trace ; L'image disparaît que reflète une glace ; La barque fait dans l'onde un sillon qui s'efface ; L'homme est l'oiseau, l'image et la barque qui passe.
Que faut -il que je te dise.
Afin de te définir ?
Tiens, veux-tu cette devise :
« Plus promettre que tenir » ?
Bouffi de vide et d'arrogance, Ce bonhomme est tout simplement Une des hontes de la France.
Par bonheur, il est allemand.
J'étais siir la montagne et je voyais de là Mon ombre s' allongeant au loin dans la vallée. J'étais grand ! Mais bientôt le soleil se voila Et je n'aperçus plus ma grandeur envolée.
Devant moi les hauts monts, la longue chaîne blanche ; Je détourne la tête et j'aperçois la mer. Tout à coup un grand bruit ! — L'orage ? L'avalanche Non, va te promener, c'est le chemin de fer.
Question de chaleur.
Oui, les chemins de fer marchent beaucoup plus vite Dans notre chaud Midi, de Marseille à Bordeaux, Que dans votre Nord froid. La cause en est déduite : Question de chaleur, comme les végétaux.
Deux mouvements.
Cet homme a le bon mouvement C'est le premier. Il fait un pacte Mais au premier revirement Il le regrette et le rétracte.
Enfantillage ^,
Dans ma maisonnette fermée, Quand j'allume un 'eu de sarment, Je sors pour voir si la fumée Monte bien vers le firmament.
D'un enfantillage, à son heure, Aucun de nous ne se défend.
C'est que la chose la meilleure Qui soit dans l'homme, c'est l'enfant.
Sur le Comte d'O.
Quel est cet homme sans pareil Oui croit avoir tous les mérites ?
Parbleu ! c'est le comte soleil Entouré de ses satellites.
I. Cette charmante strophe est extraite du Soifège poétique et musical.
PAGES IGNOREES
Sur Rochefort.
Quel vigoureux athlète armé pour les combats ! Quel entrain ! Quel esprit qui surprend et qui charme ! Ce qui te manque, ami, je te le dis tout bas, C'est un grain de raison fondu dans une larme.
Le Czar Empereur de Russie Alla voir, en quittant le train, La Duchesse de Gerolstein.
Étrangers, je vous remercie ; Maintenant au moins je vous sais Aussi bêtes que les Français ^
Petits et grands fraudeurs.
Que votre police est mal faite !
On poursuit... pourquoi, s'il vous plaît !
Le marchand plus ou moins honnête
Qui mouille son vin ou son lait.
Si l'on compare ces mélanges
A d'autres mauvais et malsains.
Nos petits fraudeurs sont des anges
Dont on devrait faire des saints.
Convenez-en avec franchise :
Punir des gens pour avoir mis
Un peu d'eau dans leur marchandise,
C'est bien sévère, mes amis.
Si l'on me condamne à ne plus écrire, A ne plu.'=- penser, à ne plus produire, A ne plus aimer, à ne plus sentir, A ne plus pécher pour m'en repentir, A m'ensevelir, vivante momie, Comme si j'étais de l'Académie, Je me plonge au cœur ma plume de fer, Et me suicide et vais en enfer 2 !
1. Toute l'Europe accourut à ces représentations, en 1867, année de la fameuse exposition universelle, et cet opéra bouffe fut le grand succès dramatique du temps, dans la patrie de Molière et de Corneille... Le Czar Alexandre II, arrivé le ler Juin à Paris, se renait le soir même au tlTéâtre des Variétés, accompagné des grands-ducs ses fils, tous avides d'un tel spectacle.
2. Ce léger morceau, où le ton plaisant et enjoué se mêle curieusement au regret, est reproduit plus loin sous forme d'autographe de l'auteur.
A Noël.
Pour être bien compris, je vais parler latin : Parvulus natus est nobis, ce qui veut dire, Un tout petit Noël nous est né ce matin. Je l'ai lu dans la messe et ne fais que traduire, Mais je vais ajouter deux autres mots en us
Au texte de l'Église :
Parvulus fit magnus et magnus maximus.
Qu'on me comprenne et qu'on le dise ^.
L'arbre qui fut un chêne altier Dans le bois encore s'élève ; Mais entre l'écorce et l'aubier, Il ne sent plus couler la sève.
Plus ne vient l'idée au cerveau ; Plus ne vient au cœur la pensée.
Il n'est pour nous de renouveau Quand notre saison est passée.
Question et réponse
Pourquoi venez-vous si tard à la messe. Disait Madame X*** à Madame T***.
— Ma chère, s'il faut que j e le confesse, C'est affaire d'ordre et de propreté.
J'eus l'hiver dernier trois robes de soie, L'une était pensée, une autre, ponceau.. Monsieur le Curé les tache, les noie.
Car de l'eau bénite est toujours de l'eau.
Je n'en ai plus qu'une à faire figure, Un satin saumon de chez Opigez.
Afin d'éviter pareille aventure, Je n'arrive plus qu'après l'Asperges,
La prière de l'enfant.
La première pensée, A toute heure, en tout lieu.
Doit vous être adressée.
Mon Dieu !