LE TOUR DU MONDE
Paul se prit un jour à songer. La suite de sa rêverie Fut un désir de voyager Qui n'entendait pas raillerie.
Livrant son esprit à la foi D'une espérance vagabonde.
Il résolut de faire... quoi ?
Le tour du monde.
Il va trouver son médecin, Un Hippocrate de village, Pour lui confier son dessein.
« Bien, dit ce docte personnage
Les anciens l'ont dit avant nous :
Les voyages forment les hommes, Et nous en avons besoin tous Tant que nous sommes. »
— Voyons, docteur, causons un peu :
D'abord, où commence le monde ?
— Le monde ? Ici même, parbleu !
Où vous êtes ! La terre est ronde.
— Bravo ! je l'aime autant ainsi ; Mais où finit le tour du monde ?
— Toujours où vous êtes, ici !
La terre est ronde.
— Soit, dit Paul, je sors par ma cour, Ou par mon jardin, il n'importe ;
Je saurai que j'ai fait mon tour Si je rentre par l'autre porte.
— Sans doute, allez toujours tout droit, Sur une orange ou sur la terre,
Vous reviendrez au même endroit ; La chose est claire.
— Mais à ce compte, cher docteur.
Si je comprends bien mon affaire.
Je suis le pôle, l'équateur,
Le méridien de ma sphère ; Je suis le nœud qui réunit Les cercles terrestre et céleste.
Ici tout commence et finit.
J'y suis, j'y reste. »
Paul eut-il tort ou raison ?
La fortune et les hirondelles Font leur nid dans notre maison Lorsque nous courons après elles.
Le bonheur est là sous la main ; Eh bien, que le ciel nous confonde, Si nous ne commençons demain Le tour du monde !