‹ Pages choisies de NadaudChapitre 49 sur 146 · PÊCHEUR SILENCIEUX · texte numérisé non relu

PÊCHEUR SILENCIEUX

Un pêcheur attentif, au bord d'une rivière, Présentait aux poissons sa ligne meurtrière : Plongé dans ce plaisir qui ressemble à l'ennui, Il crut voir deux vaisseaux se dirigeant vers lui, Voguant en sens inverse, et, pour tout équipage. Deux hommes différant d'allure et de visage : L'un était jeune encore, et l'autre déjà vieux. Lorsque les deux esquifs devant lui se croisèrent. Il entendit deux voix qui tour à tour chantèrent « Salut, pêcheur silencieux. »

— « Salut, pêcheur silencieux.

Sans doute, en ton humble chaumière,

Tu passeras ta vie entière.

Pauvre, ignorant, insoucieux.

Dans la campagne paternelle.

Tu restes, esclave fidèle.

Sans plaisir et sans dignité.

Ton âme végète et s'altère

Dans cette médiocrité

Oui, pour moi, serait la misère.

Salut, pêcheur silencieux. «

— • « Salut, pêcheur silencieux.

Sans doute, ta modeste vie

Coule sans haine et sans envie

Loin des soucis ambitieux.

Heureux aux bords qui t'ont vu naître,

Tu te contentes du bien-être

Qui sied à ta simplicité.

Puisses-tu la garder sans cesse,

La douce médiocrité

Qui serait pour moi la richesse !

Salut, pêcheur silencieux, r

— « Salut, pêcheur silencieux.

Je suis jeune, j'ai l'âme ardente ; L'inconnu, le danger me tente ; J'ai fui le toit de mes aïeux ; J'ai mis sur mon cap : « Espérance !

Et je vais, par la mer immense. Devers le continent doré.

Adieu, ma famille chérie ; Ne pleurez pas ; je reviendrai Riche et puissant dans ma patrie.

Salut, pêcheur silencieux. «

— « Salut, pêcheur silencieux.

Jeune, pour tenter la fortune, J'ai quitté la ligne commune.

Je reviens ; je suis pauvre et vieux Je ne retrouve plus ma route ; En vain je regarde, j'écoute.

Tous les traits et toutes les voix :

Où donc ma famille chérie ?

Où donc mes amis d'autrefois ?

Je ne connais plus de patrie !

Salut, pêcheur silencieux. « —

Le pêcheur attentif les écoutait encore ; Il n'entendit que l'onde et que le vent sonore Il replia sa ligne, et put, avant le soir. Rejoindre sa famille au rustique manoir. Des amis l'attendaient, et la nappe était mise On dîna longuement de la pêche promise. Le modeste repas épanouit les cœurs ; Le pêcheur raconta son rêve ou son histoire. Et quatre vieux flacons les aidèrent à boire A la santé des voyageurs.

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