CONSEIL A MARIE
Vous avez confiance en moi,
Dit es- vous ? C'est très bien, Marie ;
J'y mettrai de la bonne foi.
De quoi s'agit-il, je vous prie ?
Je vois deux chapeaux étalés Devant vous, l'un bleu, l'autre rose Il faut choisir, et vous voulez Que je sois juge en votre cause ?
C'était bien la peine, vraiment, D'interpeller un philosophe Pour connaître son sentiment D'une couleur ou d'une étoffe !
Le bleu, cela paraît certain.
Convient aux blondes, et le rose Sert la blancheur de votre teint.
Mais si nous parlions d'autre chose ?
Vous n'avez pas ces yeux profonds Et cette tête intelligente Pour amuser à des chiffons L'activité qui vous tourmente.
I . Dans son Éloge de Clémence Isaure, composé pour sa réception à l'Académie des Jeux floraux, Nadaud introduisit cette chanson. Aussitôt après le dernier vers, il mit sur les lèvres de Clémence Isaure cette curieuse critique personnelle :
— C'est assez bien, dit-elle, et ta muse pédestre A quelque peu quitté son horizon terrestre. Je te fais, cependant, observer que l'amour Reparaît dans tes chants plus souvent qu'à son tour. Et tu conviendras bien que chanter ce qu'on aime. Cela ressemble fort à se chanter soi-même. »