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PARISIEN ET PROVINCIAL

Oui, je suis de la province, Et vous êtes de Paris ; Pour valoir tant de mépris L'avantage est assez mince.

Vous êtes autant de rois ; Le bien faire et le bien dire Sont soumis à votre empire :

Vous le dites, je le crois.

Vous avez le ton facile ; Vous avez le mot du jour.

Et le genre de la cour, Et le jargon de la ville.

Les objets d'art et de goût Attendent votre suffrage :

Si vous aimez un ouvrage.

Il doit être aimé partout.

Mais dites-moi, je vous prie, Oii sont vos titres scellés ?

Dans le sol que vous foulez Sentez-vous une patrie ?

Connaissez- vous la couleur De votre terre nourrice.

Qui produit maint édifice, Mais qui n'a ni blé, ni fleur ?

Avez-vous à l'horizon Une oasis calme et pure Qui blanchit dans la verdure Et qu'on nomme sa maison ?

Avez-vous la voix touchante Du passé qui refleurit ?

Avez-vous l'herbe qui rit ?

Avez-vous l'arbre qui chante ?

Et le jardin plein de fruits Qui vous parle de l'enfance, Et le bois plein de silence Qui s'éveille à tous les bruits ?

Et la lutte à coups de pommes Avec le fils du fermier, Qui vous convaint le premier De l'égalité des hommes ?

Avez-vous senti souvent Cette soif d'indépendance Que vous soufflent de naissance Le grand air et le plein vent ?

Non, votre vie est cloîtrée ; Comment pourriez- vous avoir L'âpre parfum du terroir Et l'accent de la contrée ?

Quel est votre sol nouveau ?

L'asphalte de la montagne, Le macadam de Bretagne, Le grès de Fontainebleau,

OÙ prenez-vous ces murailles Que vers le ciel vous dressez ?

Les blocs sur vous entassés Sont tirés de nos entrailles.

L'étranger et l'inconnu Avec vous sont de frairie ; Vous êtes l'hôtellerie Ouverte au premier venu.

Votre sein tari s'abreuve De notre inondation :

Vous êtes l'alluvion Et vous insultez au fleuve !

Vous eussiez cent fois péri, Sans la sève jeune et forte Que la France entière apporte A votre sang appauvri.

Ah ! je veux rompre ma chaîne !

Je veux, du monde abrité.

Prendre un bain de liberté, Vienne la saison prochaine !

Vous direz, je le sais bien :

« Notre ciel en vaut un autre. »

Mais vous allez fuir le vôtre, Et je vais chercher le mien.

Sous un costume champêtre.

Vous jouerez au paysan ; Mais moi, je serai Gros- Jean, Quand vous chercherez à l'être.

Adieu, je ne voudrais pas Abuser de ma faiblesse :

Au premier rang je vous laisse ; Mais convenez-en tout bas :

L'avantage est assez mince Pour valoir tant de mépris.

Oui, vous êtes de Paris, Et je suis de la province.

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