‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 23 sur 82 · BADE · texte numérisé non relu

BADE

Apprenez donc, lecteur, que je Tiens d'Allemagne. Vous sayez, en été, comme on 8*ennuie ici ; Bn outre, pour mon compte, ayant quelque souci, Je m'en fus prendre à Bade un semblant de campagne. (Bade est un parc anglais fait sur une montagne, Ayant quelque rapport avec Montmorency.)

Vers le mois de juillet, quiconque a de Tusage Et porte du respect au boulevard de Gand, Sait que le vrai bon ton ordonne absolument A tout être créé possédant équipage De se précipiter sur ce petit village Et de s'y bousculer impitoyablement

Bien entendu, d'ailleurs, que le but du voyage Est de prendre les eaux; c'est un compte réglé. D'eaux, je n'en ai point vu lorsque j'y suis aUé; Mais, qu'on en puisse voir, je n'en mets rien en gage! Je crois même, en honneur, que l'eau du voisinage A, quand on l'examine^ un petit goût salé

byGoogk

Or, comme y dansé tout Uiiver, on est lasse;

On accourt donc à Bade avec l'intention

De n'y pas soupçonner l'ombre d'un violon.

Mais dès qu'il y fait nuit, que voulez-vous qu'on fasse?

Personne au Vieux Château, personne à la Terrasse;

On entre à la maison de Conversation.

Cette maison se trouve être un gros bloc fossile, Bâti de vive force à grands coups de moellon ; C'est comme un temple grec, tout recouvert en tuile, Une espèce de grange avec un péristyle, Je ne sais quoi d'informe et n'ayant pas de nom; Comme un grenier à foin, bâtard du Parthénon.

Là, du soir au matin, roule le grand j9tful-l^e, Le hasard, noir flambeau de ces siècles d'ennui, Le seul qui dans le ciel flotte encore aujourd'hui. Un bal est à deux pas; à travers la fenêtre, On le voit çà et là bondir et disparaître ,

Comme un chevreau lascif qu'une abeille poursuit.

Les croupiers nasillards chevrotent en cadence. Au son des instruments, leurs mots mystérieux; Tput est joie et chansons; la roulette commence : Ils lui donnent le branle, ils la mettent en danse, Et, ratissant gaîment l'or qui scintille aux yeux. Ils jardinent ainsi sur un rythme joyeux.

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L'abroavoir est public, et qui veut vient y hoir». J'ai vu les paysans, fils de la forêt Noire,

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Leurs bAtons à la main, entrer dans ee réduit : Je les ai tus penchés sur la bille dlvoire, Ayant k trayers champs couru toute la nuit, Fuyards désespérés de quelque hofloéte Ut

Je les ai vus debout, sous la lampe enfumée.

Avec leur veste rouge et leurs souliers boueux, Tournant leurs grands chapeaux entre leurs doigts Poser sur les rftteaux la sueur d'une année! [calleux, Et là, muets d*horreur devant la Destinée, Suivre des yeux leur pain qui courait devant eaxl

Dirai-je qu'ils perdaient? Hélas 1 ce n*était guères. . C'était bien vite fait de leur vider les mains. Ils regardaient alors toutes ces étrangères.

Cet or, ces voluptés, ces belles passagères, Tout ce monde enchanté de la saison des bains, Qui s*en va sans poser le pied sur les chemins.

Ils couraient, ils partaient, tout ivres de lumière, £t la nuit sur leurs yeux posait son noir bandeau. Ces mains vides, ces mains qui labouraient la terre, Il fallait les étendre, en rentrant au hameau. Pour trouver à tâtons les murs de la chaumière, L'alèule au coin du feu, les enfants au berceau !

Me voici donc à Bade : et vous pensez, sans doute. Puisque j*ai commencé par vous parler du jeu,

byGoogk

Que j*6us pour premier soin d^y perdre quelque peu. Vous ne vous trompez pas, je vous en fais Taveu. De môme que pour mettre une armée en déroute, Il ne faut qu*un poltron qui lut montre la route;

De même, dans ma bourse, il ne faut qu*un écu

Qui tourne les talons, et le reste est perdu.

Tout ce que je possède a quelque ressemblance

Aux moutons de Panurge : au premier qui commence,

Voilà Panurge à sec et son troupeau tondu.

Hélas 1 le premier pas se fait sans qu*on y pense.

Ma poche est comme une tle escarpée et sans bords. On n'y saurait rentrer quand on en est dehors. Au moindre fil cassé, Técheveau se dévide :

Entraînement fîmeste et d'autant plus perfide Que j'eus de tous les temps la sainte horreur du vide* Et qu'après le combat je rêve à tous mes morts. (Extrait de : Une bonne fortuné,)

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