A M. CHARLES NODIER
L'oubli, rennui, font» ce me semble,
Route ensemble, Traînant deux à 4eux leurs pas lents,
Nonchalants.
Tout se ressent du mal qu^ils causent.
Mais ils n*osent Approcher de toi seulement
Un moment.
Que ta voix si jeune et si vieille,
Qui m'éveille, Vient me délivrer à propos
Du repos i
Ta muse, ami, toute française,
Tout à Taise, Me rend la sœur de la santé,
La gatté.
Elle rappelle à ma pensée
Délaissée Les beaux jours et les courts instants
Du bon temps.
Lorsque, rassemblés sous ton aile
Paternelle, Échappés de nos pensions,
Nous dansions.
Gais comme Toiseau sur la branche,
Le dimanche.
Nous rendions parfois matinal
L'Arsenal.
Chacun de nous, futur grand homme,
Ou tout comme, Apprenait plus vite à t'aimér
Qu'à rimer.
92 PAGES CHOISIES D'aLFRED DE MUSSET
Alors, dans la grande boutique
Romantique, Chacun avait, maître ou gargon,
Sa chanson :
Nous aUions, brisant les pupitres
Et les vitres, Et nous avions pi me et grattoir
Au comptoir.
Cher temps, plein de mélancolie.
De folie, Dont il faut rendre à Tamitié
La moitié!
Pourquoi, sur ces flots où s*élance
L'Espérance, Ne Toit-on que le souvenir
Revenir?
Ami, toi qu*a piqué l'abeille.
Ton cœur veille, Et tu n'en saurais ni guérir
Ni mourir;
Mais comment fais-tu donc, vieux maître,
Pour renaître?
Car tes vers, en dépit du temps.
Ont vingt ans.
Si jamais ta tête qui penche
Devient blanche, Ce sera comme Tamandier,
Cher Nodier :
Ce qui le blanchit n'est pas Tftge,
NiTorage; C'est la fraîche rosée en pleurs
Dans les fleurs.
Août 1843 *