Propriété de M. Dudevant dans le Loi
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croit à sa race. Quand un Gascon est gris, un Berrichon est déjà ivre, et quand l'autre est un peu ivre, limite qu'il ne dépassera guère, le Berrichon est complètement soûl et ira s'abétissant jusqu'à ce qu'il tombe. Il faut bien dire ce vilain mot, le seul qui peigne l'efiTet de la boisson sur les gens d'ici. La mauvaise qualité du vin y est pour beaucoup ; mais, dans l'intempérance avec laquelle on en use, il faut bien voir une fatalité de ce tempérament mélancolique et flegmatique, qui ne supporte pas l'excitation, et qui s'efforce de l'éteindre dans l'abrutissement.
En dehors des ivrognes, qui sont nombreux et dont le désordre réduit les familles à la misère ou au désespoir, la population est bonne et sage, mais froide et rarement aimable. On se voit peu. L'agriculture est peu avancée, pénible, patiente et absorbante pour le propriétaire. Le vivre est cher, relativement au Midi. L'hospitalité se fait donc rare pour garder, à l'occasion, l'apparence du faste; et, par-dessus tout, il y a une paresse, un effroi de la locomotion qui tiennent à la longueur des hivers, à la difficulté des transports et encore plus à la torpeur des esprits.
Il y a vingt-cinq ans, cette manière d'être était encore plus tranchée; les routes étaient plus rares et les hommes plus casaniers. Ce beau pays, quoique assez habité et bien cultivé, était complètement morne, et mon mari était comme surpris et effrayé du silence solennel qui plane 3ur nos champs dès que le soleil emporte avec lui les bruits déjà rares et contenus du travail. Là, point de loups qui bur-
lent, mais aussi plus de chants et de rires; plus de cris de bergers et de clameurs de chasse. Tout est paisible, mais tout est muet. Tout repose, mais tout semble mort.
J'ai toujours aimé ce pays, cette nature et ce silence. Je n'en chéris pas seulement le charme, j'en subis le poids, et il m'en coûte de le secouer, quand même j'en vois le danger.
{Hist. de ma vie, IV, 41-42.)
LA CREUSK
George Sszid & aooveat ehaaté la Creuse et nadre, se» rifiènss préférées; le misBeaa st le hamffen de Gargflesse (sorte de Borbizoa '▼oisin. de la Creuse) fixt aussi le lien d'élection de ses rêveries. Elle trouTail là je ne sais quoi d'intime, de sauvage.^ de plantureux aussi ; tout j fiattait ses iastfnrts de peintre, de botaniste, de romancier. Elle quittait souvent ces parages^ elle j revenait to«qour&. Elle erojait à ebaque fois les découvrir* elle y goûtait des diacmes noaveaux. Elle les a décrits à toutes las saisons de Tannée^ el presque à toutes les heures du jour.
Toiei d'abord la phystonomie de la Cnnae.
Cest penl-étre la plus belle rÎTÎère du mcmâe que la Creose aa mois d'avril en cet «idroit-Ià. Elle dessine de grandes coiuribes immobiles et trauqiar^ites dans de hantes coapnres taillées en amphithéâtre et tapissées de rétemelle Terdore des bois. De loin en loin, elle rencontre des Uocs et des gradins de rochers noirs et tranchants, où elle mngit et se précipite. Là où j'étais, die ne disait mot, et sa grande dameor perdne ne m'empêchait pas d'entendre le babil de la petite source.
De beaux chênes occupés à dérelopper et à déplier au soleil leurs jeunes feuilles encore
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gommeuses et encore plus roses que vertes donnaient déjà un clair ombrage. Les gazons étaient littéralement semés de pâquerettes, de violettes blanches et bleues, de scilles, de saxifrages et de jacinthes. Dans le lit du ruisseau, la cardamine des prés attirait les charmants papillons aurore qui portent son nom. Partout, sur les âpres rochers granitiques, le lierre dessinait de mystérieuses arabesques^ et les grands cerisiers sauvages tout en fleurs semaient de leur neige légère les petits méandres de Teau courante.
(JLauraf 327-328.)
GARGILE9SK
Voici mainteiiant Gargilesse. L'anteiir y revient m besa Jour à Fiaiprovîâte, en Toyagear, et surprend le hameau en train de ae rajeunir. La première sorpriae passée, elle s'abnadonne comme autrefois aox charmes d'âne excursion solitaire.
Les panrres oxbres que nous aimions ont fiât les frais des charpentes, et une trombe de Tent a rasé un peu plos loin tont nn pan Terdoyant de la felaise; mais, si la natore est, malgré toat, une chose claire et gaie, la civilisation aussi a son côté Inmineux» La falaise, nn pen dépouillée par &ï bas, a gagné cela qu'elle n'est plus si cachée, ^ qu'on y découvre à présent des beautés dont nous ne nous doutions pas. C'est tout aussi pittoresque, et c'est plus frais que la forêt de Fontainebleau; car il y a la Creuse au pied, et la Creuse, c'est tout un poème, un poème à mouvement, une épopée passant fière et bruyante, ou se résumant solennelle et recueillie à travers la mystérieuse genèse des terrains primitifs.
Un jour d'entomologie, — vous étiez trois, — vous avez découvert ici, avec des cris de triomphe et des
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convulsions de surprise, je ne sais quelle noctuelle africaine qui ne vit que sur les myrtes, et qui daigne vivre ici sur les buis. L'an passé, un jour de botanique, j'ai salué avec plaisir la jolie fleur sciUa bifolia qui bleuissait à côté de la majestueuse primevère elatior. Cette année, en montant au-dessus des premières vasques cachées du ruisseau, j'ai découvert, sans convulsions de surprise et avec une modestie de bon exemple dans le triomphe, scilla italica. Oui-dàl vous ne m'écraserez plus sous la gloire de vos conquêtes! La scille de l'Apennin a daigné se montrer à moi en grandes touffes riantes et fraîches sur ce vieux terrain celtique, et j'ai été saisi d'un si grand respect, que je n'en ai pris ni une fleur ni un caïeu. Quand la nature vous admet à ces fêtes secrètes, quand elle vous sert un mets exceptionnel, inattendu, invraisemblable, il faudrait bien ne pas commencer par le mettre dans sa poche comme un convive famélique qui dépouille son hôte. En revoyant la grande touffe de primevère que, l'année passée, j'ai laissé tourmenter par le trop de zèle de Moreau *, j'ai éprouvé un remords. Tout ce petit jardin qu'elle s'était fait sous le goutteà-goutte du ruisseau, a souffert, et les hampes sont de moitié plus courtes. Si j'étais scille ou primevère, et qu'on m'arrachât ainsi mes enfants, je me plaindrais à Dieu. J'ai redescendu la corniche, tout honteux de ce dégât et tout fier d'avoir respecté la grande scille.
De ce point du rivage la Creuse tourne encore et