‹ Pages choisies des grands "ecrivains: De George SandChapitre 7 sur 94 · INTRODUCTION. VU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VU

sa fille comme un météore. Mais, si jeune fût-elle, celle-ci en garda un éclair au cœur. Toute sa vie elle se sentit fille de son père plus que de sa mère; elle avait certainement hérité de lui la plupart des riches dons qui firent son génie. Aussi comme elle en parle 1 « Ce père que j'ai à peine connu, et qui est resté dans ma mémoire comme une brillante apparition, ce jeune homme artiste et guerrier est tout entier vivant dans les élans de mon âme, dans les fatalités de mon organisation, dans les traits de mon visage. Mon être est un reflet, affaibli sans doute, mais assez complet, du sien. Le milieu dans lequel j'ai vécu a amené les modifications... * »

Si George Sand tenait par son père à deux maisons royales, par sa mère elle tenait au petit peuple de Paris. Sa mère, Sophie- Victoire-Antoinette Delaborde, était la fille d'un maître paulmier et maître oiselier, qui vendit des serins sur le quai des Oiseaux après avoir tenu un petit estaminet avec billards, où il ne fit pas ses affaires. Le parrain de la mère de George Sand était un brave homme du nom de Barra. Ce nom, ce illustre dans la partie des oiseaux j>, se lisait encore, affirme George Sand, en 1847, boulevard du Temple, au-dessus d'un édifice de cages de toutes dimensions. Fille du peuple. Victoire Delaborde l'était avec toutes les qualités primesautières et toutes les lacunes qui comporte ce mot. Nature vive et déséquilibrée, elle était ignorante et intelligente, moqueuse et naïve, passionnée et fantaisiste : d'ailleurs jolie à ravir, adroite de ses doigts comme

i. Hist de ma vie, I, 185.

Vlïl INTRODUCTION.

une fée, une voix charmante, un goût naturellement artiste, et des fusées de jeunesse et de gaité troublées par des bourrasques sans sujet, des jalousies et des furies subites. Cette enfant de la balle avait tout ce qu'il fallait pour séduire Maurice Dupin, pour heurter violemment sa mère, et pour préparer aux enfants qui vivraient entre ces deux femmes l'éducation la plus incohérente et la vie la plus malheureuse. Le mariage en effet se fit contre la volonté de la mère de Maurice; elle finit par s'y résoudre, elle ne s'y résigna jamais : une jalousie terrible s'enflamma bientôt entre la mère et l'épouse, envenimée de mépris d'un côté, et de haine de l'autre. Le mari une fois disparu, ainsi qu'un petit frère de George Sand né aveugle et mort en bas âge, l'enfant unique qui survécut resta en proie aux tiraillements de deux passions rivales. Son éducation offrit un champ de bataille naturel, où l'âme de la fillette, torturée par deux affections aux prises, recevait des blessures des deux côtés. Elle connut, dan» l'âge le plus tendre, le désespoir, l'exaltation, la révolte. Elle vit autour d'elle la haine dans l'amour, elle ressentit elle-même la révolte dans le respect, et le soupçon dans la tendresse. Comme Jean-Jacques Rousseau, une précoce expérience des passions la prédestinait à les peindre dans toute la vivacité de leurs égarements.

Les années de sa première enfance s'écoulèrent pourtant heureuses. C'est le privilège d'un âge qui ne sait pas encore sentir. George Sand en a raconté les aventures déjà romanesques avec ce charme qu'elle devait répandre ici plus qu'ailleurs. Qui n'a été une

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