‹ Pages choisies des grands "ecrivains: De George SandChapitre 70 sur 94 · PERSONNAGES · texte numérisé non relu

PERSONNAGES

FAUVEAU

LAHiRB FAUVEAU,

SYLVAIN, leur fils,

RÉMY

CLAUDIE, fille de Rémy,

ROSE, bourgeoise,

DENIS RONCIAT, riche paysan,

Lb Cornbhusbdz,

MoissoNNBURS, Glanbdrs, Enpants.

FAUVEAU

Allons, Sylvain I voilà la gerbaudel... C'est à toi de détacher le bouquet pour le présenter à la bourgeoise!

SYLVAIN

Non, mon père, c'est contre la coutume; il faut que ça soit le plus jeune ou le plus vieux de la bande, et je ne suis ni Tun ni l'autre.

LA MÈRE FAUVBAU.

C'est juste! la coutume avant tout, et mêmement, dans ma jeunesse, c'était toujours le plus vieux, on estimait que c^ portait plus de bonheur.

RÉHT.

Le plus vieux ici, sans contredit, c'est moi, et je connais la cérémonie mieux que personne... D'abord, est-elle faite comme il faut la gerbe? Il y faut autant de liens que vous avez eu de moissonneurs! Et puis il n'y faut point épargner l'arrosage, le vin du bon Dieu.... Et puis, après, vivent la joie, la santé, l'amitié, l'abondance! vivent les vieux! vivent les jeunes! (Regardant les enfants qui se groupent autour de lui.) Et vive aussi le petit monde!... Tout ça rira, chantera, dansera... Mais, avant tout, faut consacrer la gerbe, car on ne doit point se jouer des vieux us.

ROSE

Faites donc à votre idée, vieux, et à l'ancienne mode; vous aurez la gerbe pour récompense.

RÉMT.

J'aurai la gerbe? Et me donnerez- vous aussi des bras pour l'emporter chez moi, à six lieues d'ici?

ROSE

J'entends ! on y mettra le prix, mon brave homme, et vous choisirez le blé ou ce qu'il y aura dessous. Allons, voilà mon estimation, cinq francs pour la

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gerbaudel Que chacun fasse comme moi suivant '

ses moyens. Les plus pauvres mettront ce qu'ils j

pourront. Ça ne serait qu'un petit cadeau, un petit i

sou ça porte toujours bonheur à qui le donne. i

{EUe met une pièce de cinq francs au pied de la gerbe.)

RÉMT.

Vous êtes bien honnête, la bourgeoise.

{Le père Fauveau s'approche lentement et fouille dans sa poche,)

RÉ M Y, gaiement.

Mettez-y une idée de bonne amitié et le compte y sera.

(Fauveau met une petite pièce de monnaie et serre

la main à Rémy,) ^

LA MÈRE FAUVEAU s'approchc aussi et retire de ses poches un dé à coudre, une paire de ciseaux^ un couteau, une pelote ^ du pi, et met le tout au pied de la gerbe.

Ça sera pour la jeune fille.

RÉMT.

Merci pour elle, mais elle n'a pas besoin de ça pour vous aimer. {Sylvain vient à son tour et tire sa montre, quil veut aussi déposer.) — Oh! ça, c'est trop beau pour du monde comme nous !

SYLVAIN

Vous n'avez point le droit de rien refuser.... Vous ^

êtes lieutenant de gerbaude ; je connais la coutume aussi, moi!

{Il met sa montre. — Une petite fille apporte gror vement une grosse pomme verte.)

RÉMY, prenant la pomme et embrassant V enfant, Merci!... Je reçois votre bénédiction, mon petit cœur.

{D'autres viennent plus rapidement apporter

leurs offrandes.)

ROSE, s^ approchant de Denin> Rondaty qui se tient

à lécart.

Eh bien, est-ce que vous ne voulez rien donner pour ce pauvre homme, vous qui avez le moyen?

nonciATy fouillant dans sa poche.

Si fait! Si fait!

{Il sapprochey Rémy fait un mouvement

et Varrète.)

RÉMY

Denis Ronciat! {Avec colère et mépris.) Retire ta main et ton offrande..., je n'en veux point *.

ROSE

Eh bien, qu'est-ce qu'il a donc contre vous, ce vieux-là?

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