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LE PREMIER AGE DE L'ESPRIT HUMAIN

politique se seraient-elles combattues, puisqu'elles reposent côte à côte dans la môme page, souvent dans la môme ligne ? La religion était la philosophie, la poésie était la science, la législation était la morale; toute l'humanité était dans chacun de ses actes, ou plutôt la force humaine s'exhalait tout entière dans chacune de ses exertions.

Voilà le secret de l'incomparable beauté de ces livres primitifs, qui sont encore les représentations les plus adéquates de l'humanité complète. C'est folie que d'y chercher spécialement de la science; notre science vaut incontestablement bien mieux que celle qu'on peut y trouver. C'est folie d'y chercher de la philosophie ; nous sommes incontestablement meilleurs analystes. C'est folie que d'y chercher de la législation et du droit public ; nos publicistes s'y entendent mieux et c'est peu dire. Ce qu'U y faut chercher, c'est l'humanité simultanée, c'est la grande harmonie de la nature humaine, c'est le portrait de notre belle enfance. De là encore la superbe poésie de ces types primitifs où s'incarnait la doctrine, de ces demi-dieux qui servent d'ancêtres reUgieux à tous les peuples, Orphée, Thoth, Moïse, Zoroastre, Vyasa, Fohi, à la fois savants, poètes, législateurs, organisateurs sociaux et, comme résumé de tout cela, prôtres et mystagogues. Ce type admirable se continue encore quelque temps dans les premiers âges de la réflexion analytique; n produit alors ces sages primitifs, qui ne sont déjà plus des mystagogues, mais ne sont pas encore des philosophes, et qui ont aussi leur légende

(biographie fabuleuse), mais bien moins créée qiie celle des initiateurs (mythe pur). Tels sont Gonfucius, Lao-Tseu, Salomon, Locman, Pythagore, Empédocle, qui confinent aux premiers philosophes par les types encore plus adoucis de Solon, Zaleucus, Numa, etc.

Tel est l'esprit humain des âges primitifs. D. a sa beauté, dont n'approche pas notre timide analyse. C'est la vie diAdne de l'enfance, où Dieu se révèle de Bi près à ceux qui savent adorer. J'aime tout autant que M. de Maistre cette sagesse antique, portant la couronne du sage et la robe sacerdotale. Je la regrette; mais jb n'injurie pas pour cela les siècles dévoués à l'œuvre pénible de l'analyse, lesquels, tout inférieurs qu'ils sont par certaines faces, représentent après tout un progrès nécessaire de l'esprit humain.

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