DAVID ROI DE JÉRUSALEM
pas choquer la susceptibilité des diverses tribus, surtout de Benjamin. Il fallait une ville neutre qui n'eût pas de passé. C'est là sans doute ce qui empêcha Da\-id de songer pour capitale à sa patrie, Bethléhem. La colline occupée par les Jébuséens était juste sur la limite de Juda et de Benjamin, et elle était fort rapprochée de Bethléhem.
La position était très avantageuse." Une petite source, dans l'intérieur des murs, permettait de supporter un siège. Certes, une grande capitale aurait été gênée dans un tel site ; mais de très grandes villes n'étaient ni dans le goût ni dans l'aptitude de ces peuples. Ce qu'ils voulaient, c'étaient des citadelles où la défense fût facile. Le lerousalaïm des Jébuséens se présentait dans ces conditions. Les Jébuséens prétendaient que leur ville était imprenable. Ils disaient à David : « Tu n'entreras jamais ici. Les aveugles et les boiteux suffiraient à te repousser. » On prit dès lors, par plaisanterie, l'habitude d'appeler la population jébuséenne « les aveugles et les boiteux », et ce fut un proverbe h Jérusalem : « Les aveugles et les boiteux à la porte ! »
La ville jébuséenne se composait de la forteresse de Sion, qui devait être située vers l'emplacement actuel de la mosquée el-Aksa, et d'une \ille basse (Ophel) qui descendait de là vers la source, qu'on appelait le Gihon. Da^id prit la forteresse de Sion, donna la plus grande partie des terrains environnants à Joab, et probablement laissa la ville basse aux Jébuséens. Cette population, réduite à une situation
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inférieure, s'atrophia devant le nouvel apport israélile, et c'est ainsi que le quartier d'Ophel est resté sans grande importance dans l'histoire de Jérusalem.
David rebâtit la haute ville de Sion, entre autres la citadelle ou millo^ et tous les quartiers voisins. C'est ce qu'on appela la ville de David. L'argent que David avait gagné avec ses bandes d'AduUam et de Siklag lui permettait les grandes constructions. Tyr était alors le centre de la civilisation dans la Syrie méridionale. Les arts, et en particulier l'architecture, y étaient très développés. Cet art tyrien, ou, si l'on veut, phénicien, c'était l'art égyptien, modifié selon la nature des matériaux de la côte de Syrie. La Syrie n'a ni marbre, ni granit, à comparer à ceux de l'Egypte; "nais les bois que fournissait le Liban étaient les plus beaux du monde. De Tyr, l'on vit s'abattre sur Jérusalem une nuée de constructeurs, de lailleurs de pierres, de charpentiers et d'ouvriers en bois, ainsi que des charges de matériaux tels que n'en produisait pas la Judée, surtout de bois de cèdre. Ces artistes tyriens construisirent à David un palais près du Millo, dans la haute ville de Sion, vers l'angle sud-est du Harâm actuel. L'art proprement dit étaiv resté jusque-là étranger à ces contrées. Le prestige qui en résulta pour David dut être extraordinaire. Jamais la terre de Chanaan n'avait rien vu qui approchât de cette force et de cet éclat.
Quant à Israël, Da-\id lui donna ce qui lui avait ïnanqué essentiellement jusque-là, savoir une capi-
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taie. Il y aura des schismes, des protestations; il faudra du temps pour (jue cette capitale soit aimée, rêvée, adoptée par tout Israël. Mais la pierre angulaire est posée, et, comme les sympathies et les haines d'Israël ont été embrassées par le monde ent»er, Jérusalem sera un jour la capitale de cœur de l'humanité. Cette petite colline de Sion deviendra le pôle magnétique de l'amour et de la poésie religieuse du monde. Qui a fait cela? C'est David. David a réellement créé Jérusalem. D'une vieille acropole, restée debout comme le témoin d'un monde inférieur, il a fait un centre, faible d'abord, mais qui bientôt va prendre une place de premier ordre dans l'histoire morale de l'humanité. Gloriosa dicta sunl de te, civitas Dei. Durant des siècles, la possession de Jérusalem sera l'objet de la bataille du monde. Une attraction irrésistible y fera confluer les peuples les plus divers. Cette pierreuse colline, sans horizon, sans arbres et presque sans eau, fera tressailhr de joie les cœurs, à des milliers de lieues. Tout le monde dira comme le pieux Israélite : Lœtatus sum in his qiise dicta sunt mihi: In domum Domini ibimus.
Chaque agrandissement d'Israël était un agrandissement de lahvé. Le iahvéisme, jusqu'ici si peu organisé, va maintenant avoir une métropole et bientôt un temple. Il faudra encore quatre cents ans pour que cette métropole de"vâenne exclusive des autres lieux de culte; mais la place est fixée; entre tant de collines que lahvé aurait pu préférer, le choix est fait. Le champ du combat religieux est marque.
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David fut l'agent inconscient de ces grandes désignations humanitaires. Peu de natures paraissent avoir été moins religieuses; peu d'adorateurs de lahvé eurent moins le sentiment de ce qui devait faire l'avenir du iahvéisme, la juslice. David était iahvéiste, comme Mésa, ce roi de Moab dont nous avons la confession, était camosiste. lahvé était son Dieu protecteur, et lahvé est un dieu qui fait réussir ses favoris, lahvé, d'ailleurs, était fort utile; il rendait des oracles précieux par l'éphod d'Abiathar. Tout se borna là : Da"sad et son entourage n'avaient aucune aversion pour le nom de Baal. Ce que cette religion de lahvé devait devenir entre les mains des grands prophètes du Yii' siôcle, DaAÎd, évidemment, n'en eut pas plus de pressentiment que n'en eurent Gédéon, Abimélek, Jephté.
Mais il fut le fondateur de Jérusalem et le père d'une dynastie intimement associée à l'œuvre d'Israël. Gela le désignait pour les légendes futures. Ce n'est jamais impunément qu'on touche, même d'une manière indirecte, aux grandes choses qui s'élaborent dans le secret de l'humanité.
Nous assisterons de siècle en siècle à ces transformations. Nous verrons le brigand d'AduUam et de Siklag prendre peu à peu les allures d'un saint. Il sera l'auteur des Psaumes, le chorège sacré, le type du Sauveur futur. Jésus devra être fils de David ! La biographie évangéUque sera faussée sur une foule de points par l'idée que la rie du Messie doit reproduire les traits de celle de David! Les âmes pieuses, en se