‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 33 sur 59 · NAZARETH · texte numérisé non relu

NAZARETH

jour, le seul endroit peut-être de la Palestine où. l'âme se sente un peu soulagée du fardeau qui Toppresse au milieu de cette désolation sans égale. La population est aimable et souriante; les jardins sont frais et verts, Antonin Martyr, à la fin du vi' siècle, fait un tableau enchanteur de la fertilité des environs, qu'il compare au paradis. Quelques vallées du côté de l'ouest justifient pleinement sa description. La fontaine où se concentraient autrefois la vie et la gaieté de la petite ^dlle est détruite ; ses canaux crevassés ne donnent plus qu'une eau trouble. Mais la beauté des femmes qui s'y rassemblent le soir, cette beauté qui était déjà remarquée au vr siècle et où l'on voyait un don de la vierge Marie, s'est conservée d'une manière frappante. C'est le type syrien dans toute sa grâce pleine de langueur. Nul doute que Marie n'ait été là presque tous les jours, et n'ait pris rang, l'urne sur l'épaule, dans la file de ses compatriotes restées obscures. Antonin Martyr remarque que les femmes juives, ailleurs dédaigneuses pour les chrétiens, sont ici pleines d'affabilité. De nos jours encore, les haines reUgieuses sont à Nazareth moins vives qu'ailleurs.

L'horizon de la ville est étroit; mais, si l'on monte quelque peu et que l'on atteigne le plateau fouetté d'une brise perpétuelle qui domine les plus hautes maisons, la perspective est splendide A l'ouest, se déploient les belles hgnes du Carmel, terminées par une pointe abrupte qui semble se plonger dans la mer. Puis se déroulent le double sommet qui domine Ma-

geddo, les montagnes du pays de Sichem avec leurs lieux saints de l'âge patriarcal, les monts Gelboé, le petit groupe pittoresque auquel se rattachent les souvenirs gracieux ou terribles de Sulem et d'Endor, le Thabor avec sa forme arrondie, que l'antiquité comparait à un sein. Par une dépression entre la montagne de S'jlem et le Thabor, s'entrevoient la vallée du Jourdain et les hautes plaines de la Pérée, qui forment du côté de l'est une ligne continue. Au nord, les montagnes de Safed, en s'inclinant vers la mer, dissimulent Saint-Jean-d'Acre, mais laissent se dessiner aux yeux le golfe de Khaïfa. Tel fut l'horizon de Jésus. Ce cercle enchanté, berceau du royaume de Dieu, lui représenta le monde durant des années. Sa vie môme sortit peu des limites familières à son enfance. Car, au delà, du côté du nord, l'on entrevoit presque, sur les flancs de l'Hermon, Césarée de Philippe, sa pointe la plus avancée dans le monde des gentils, et, du côté du sud, on pressent derrière ces montagnes déjà moins riantes de la Samarie, la triste Judée, desséchée comme par un vent brûlant d'abstraction et de mort.

Si jamais le monde resté chrétien, mais arrivé à une notion meilleure de ce qui constitue le respect des origines, veut remplacer par d'authentiques lieux saints les sanctuaires apocryphes et mesquins où s'attachait la piété des âges grossiers, c'est sur cette hauteur de Nazareth qu'il bâtira son temple. Là, au point d'apparition du christianisme et au centre d'où rayonna l'activité de son fondateur, devrait s'élever la

Page 1