X7N HIVERNAGE DANS LES GLACSS
Michelet énumère les explorateurs qui ont essayé de parvenir au pôle Nord et décrit les misères et les dangers de ces longs hivernages.
1. Grandes îles de l'Océanie, au nord-est des îles de la Sonde, â. Michelet fait allusion aux îles
de corail qui émergent peu à peu de l'océan Pacifique au nord de l'Australie.
Le plus tentant pour Thomme, c'est l'inutile et rimpossible. De toutes les entreprises maritimes, celle où il a mis le plus de persévérance, c'est la découverte d'un passage au nord de l'Amérique pour aller tout droit d'Europe en Asie. Le plus simple bon sens eût fait juger d'avance que, si ce passage existait, dans une latitude si froide, dans la zone hérissée des glaces, il ne servirait point, que personne n'y voudrait passer.
Notez que cette région n'a pas la platitude des côtes sibériques, où l'on glisse en traîneau. C'est une montagne de mille lieues horriblement accidentée, avec de profondes coupures, des mers qui dégèlent un moment pour rcgeler, des corridors de glaces qui changent tous les ans, s'ouvrent et se referment sur vous. Il vient d'être trouvé, ce passage, par un homme qui, engagé très loin, et ne pouvant plus reculer, s'est jeté en avant et a passé (1853)*. On sait maintenant ce que c'est. Voilà les imaginations calmées, et personne n'en a plus envie.
Quand j'ai dit Yinutile, je l'ai dit pour le but qu*on s'était proposé, de créer une voie commerciale. — Mais, en suivant cette folie, on a trouvé maintes choses nullement folles, très utiles pour la science, pour la géographie, la météorologie, l'étude du magnétisme de la terre.
Ce qu'on trouva, ce fut la mort, la faim, des murs de glaces.
Cet échec n'y fit rien. Pendant plus de trois siècles, avec une persévérance étonnante, les explorateurs s'y acharnent. C'est une succession de martyrs. Cabot*, le premier, n'est sauvé que par la révolte de son équipage
1. Maclure, navigateur anglais, enfermé dans les glaces, a découvert ce passage en traversant les glaces en traîneau.
2. Vénitien au service du roi d'An- {icleterre. II découvrit en 1497 la c6te du Labrador, vaste presqu'He de l'Amérique du Nord.
qui l'empêcha d'aller plus loin. Brentz meurt de froid, et Willoughby de faim. Cortereal* périt, corps et biens. Hudson^ est jeté par les siens, sans vivres, sans voiles, dans une chaloupe, et l'on ne sait ce qu'il devient. Behring^ en trouvant le détroit qui sépare l'Amérique de l'Asie, périt de fatigue, de froid, de misère, dans une île déserte. De nos jours, Franklin* est perdu dans les glaces; on ne le retrouve que mort, ayant eu, lui et les siens, la nécessité terrible d'en venir à la dernière ressource (de se manger les uns les autres) !
Tout ce qui peut décourager les hommes se trouve réuni dès l'entrée de ces navigations du Nord. Bien avant le cercle polaire, un froid brouillard pèse sur la mer, vous morfond, vous couvre de givre. Les cordages se roidissent; les voiles s'immobilisent; le pont est glissant de verglas ; la manœuvre difficile. Les écueils mouvants qu'on a à craindre se distinguent à peine. Au haut du mât, dans sa logette chargée de frimas, le veilleur (vraie stalactite vivante) signale, de moment en moment, l'approche d'un nouvel ennemi, d'un blanc fantôme gigantesque, qui souvent a deux cents, trois cents pieds au-dessus de l'eau ».
Mais cette procession lugubre qui annonce le monde des glaces, ce combat pour les éviter, donnent plutôt envie d'aller plus loin. Il y a dans l'inconnu du pôle je ne sais quel attrait d'horreur sublime, de souffrance héroïque. Ceux qui, sans tenter le passage, ont seulement été au Nord et contemplé le Spitzberg®, en gardent