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Au premier point de vue central, les bains de Saint-Morilz'jspacieuxet bien soleillés, nous souriaient. Lni-roême, Sainl-Morilz, un bourfr assez peuplé, qui a quelques boutiques, quelques petits marchands, est à mi-côte vers le pied du Julier, Il domine et partage Ji peu près la vallée. Avant lui, après lui, on a les deni coups d'oeil sur les lacs successifs, leurs prairies, leurs forêts.
Le mélèze est de ce vert clair dont on peint les jouets d'enfants. Il a une gaieté relative. On est toujours un peu surpris de trouver dans les lieui où le sapin, l'épicéa^ robuste ne peuvent plus vivre, ce vert tendre, cet air de jeunesse d'un arbre qui change de feuille.s tous les ans. Mais la grande surprise, ce fut de voir sous son ombre légère, les plus rares fleurs des hautes Alpes, communes ici, tout comme ailleurs est la pâquerette aux prairies. La superbe anémone jaune, tant poursuivie des botanistes, achetée à tout pris des ascensions les plus pénibles, abondait et surabondait sous la roue presque des voilures. Ces merveilleuses fleurs, sur une pente tournée au levant, étaient moins éclairées déjà à cette heure de l'après-midi (cinq ou six heures du soir). Elles ne devaient rien aux effets du soleil, n'étaient belles que de leur beauté. Mjstérieusessouscette ombre, inclinées vers la route, elles semblaient des yeux, de grands yeux qui nous regardaient.
Frappante apparition. Cette flore singulière, exquise, que nul or ne payerait, qui ne descend jamais de nos jardins, se trouvait toute seule en ces lieux très sévères où tant de plantes communes ne peuvent venir. Après Sainl-Morilz, la vallée élargie et d'une certaine grandeur, est étonnamment sérieuse. Le long des lacs, deux
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OU trois beaux villages se succèdent à l'horizon, et rien entre eux que la prairie déserte. Point de maisons sur le chemin. Nulle culture et nulle industrie. Un noble et grand silence, tel qu'on Ta sur les hauts sommets, auRighi *■ par exemple. Mais (différence capitale) au Righi on voit tous les géants des Alpes sur sa prairie déserte, on a à qui parler; on salue Silberhorn ou la Jungfrau. Ici, la vue est recueillie, quoique belle et spaciease. Le grand groupe de la Bernina avec tant de glaciers, de sources, est assez près, mais on ne le voit guère qu'à de rares échappées. Généralement ce groupe est retiré derrière certains rideaux de montagnes secondaires. Il est énorme, et on le cherche, on ne sait où le trouver.
Déjà Celerina, plus bas que Saint-Moritz et tout à fait en plaine, était dans Tombre et dans l'humidité du soir qui s'élève de ces eaux nombreuses.
Samaden, un peu plus peuplé (de quatre cents maisons, je crois), a la poste centrale, les tribunaux et les écoles. C'est comme un chef-lieu pour la haute Engadine. Tout est très bien bâti. Nombre de maisons honorables ont au dehors de somptueux perrons avec de belles rampes en fer et en cuivre, de jolies grilles (souvent de l'autre siècle). On dirait des hôtels.
Vers quatre heures du matin, je me levai sans bruit et j'allai un moment, à travers mes vitres humides, regarder la contrée. Entre des hauteurs modérées, boisées fort inégalement et diversement éclairées, la vallée^ ses prairies et petits lacs étaient sous la basse vapeur qui se traîne, rampe à quelques pieds. Le tout, mélancolique, d'un sérieux mystère. C'était, ce n'était pas l'été. Peu à peu le soleil monta, et je vis bien la position de Samaden,
1. Montagne qui domine le lac de Lucerne et d'où Ton découvre tout« la chaîne des Alpes (1,850 m.).
au point central où se croiseut les routes, la principale qui suit les lacs, de la Maloya au Tjrol, et l'autre transversale, que je voyais monter vers Poiitrésina, s'appuyant à sa droite aux monlagnes de la Bernina. Un petit commerce s'y fait, grains allemands cl vins d'Italie.
Établis à Pontrésina, sur la roule do Bernina, dans la vue du Roseg, admirable glacier qui est tout près, ayant sous nos pieds la rencontre des torrents qui s'unissent là, nous sortîmes avant le soir vers quatre heures de l'aprèsmidi. Il Taisait un venl frais (non froid) d'ouesl, et du haut du Julier un rayon du couchant le tempérait. Je fus frappé d'une chose. On travaillait a couvrir de petites planches les parapets du pont pour que la brusque alternative des gels et des dégels n'en fit éclater la maçonnerie. Cela me lit songer. Je sentis la terreur de ce profond hiver qui gèle à 41}', fait un rocher des lacs. Cela est sibérien. El ce qui ne l'est pas, ce qui est encore pis, c'est que par moments le soleil se souvient tout i coup de l'Italie voisine. D'un rayon aigu et tranchant, coupant comme une hache, il fond sur cette terre glacée, fend, fait font craquer, rase et brûle.
Le haut pays a trois mille âmes. Mais, sans l'ëmigralion et ses profits, il n'aurait pu, je crois, être habité. On ne peut compter sur rien. Non seulement la neige dure sept mois, mais elle revient souvent l'été à l'imprévu. Le seigle est trop aventuré. On essaye un peu d'orge. Moimême j'en ai vu dans un pli au midi, fort abrité, mais c'est chose rare et incertaine. Le foin est coupé à la main plus qu'à la faux. Il est très court, mais en revonchi exquis et d'une odeur sucrée (bien naturelle, se composant de fleurs). De là un bon Isfitage, peu abondant. Le beurre et le fromage ne suffisent pas, on en achète ailleurs.
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Un peu de travail dans le bois, et un peu de roalage, Vest tout ce qu'on peut faire. L'émigration y est la loi, la .atalité du pays.