‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 5 sur 258 · Naturaliste anglais contemporain · texte numérisé non relu

Naturaliste anglais contemporain

AMTHOLOGIE.

lui couvre sa cage, puis tout à coup on li^ ind la lumière, el il retrouve la vois. L'inforluné piu 'son, que des barbares rendent aveugle, chante avec uiM animation désespérée el maladive, se créant par la voii sa lumière d'harmonie, se faisant son soleil à lui par I] ifiamme intérieure.

I Lumière veut dire sécurité pour tous les êtres. I C'est la garantie de la vie pour l'homme et l'animalj «'est comme le sourire rassurant, pacifique et serein, Il francbise de la nature. Elle met (in aux terreurs sombre qui nous suiyent dans les ténèbres, aux craintes tra fondées, et aussi au tourment des songes, non moin 'uels, aux pensées troubles qui agitent et bouleversen' 'àme.

Dans la sécurité de l'association civile qu'il s'est laiU à la longue, l'homme comprend à peine les angoisses d la vie sauvage aux heures où la nature laisse si peu d( défense, où sa terrible impartialité ouvre la carrière kU mort, légitime autant que la vie. Eu valu vous réclame) Elle dit k l'oiseau que le hibou aussi a te droit di vivre. Elle répond à l'homme : s Je dois nourrir mei Ions, n Lisez dans les voyages l'effroi des malheureux égai ns les solitudes d'Afrique, du misérable esclave fugiti qui n'échappe à la barbarie humaine que pour rencontre) une nature barbare. Quelles angoisses, dés qu'au sotei' couché commencent à rôder les sinistres éclaireurs di lion, les loups et les chacals, qui l'accompagnent à diw 'ince, le précèdent en flairant, ou le suivent en croquelorls ! Ils vous miaulent lamentablement : s Demain^ on cherchera les os. m Mais quelle profonde horreur I Lci voici à deux pas... il vous voit, vous regarde, rugit pro fondement, du gouffre de son gosier d'airain, somme 8

proie vivante, l'exige et la réclame !.., Le cheval n'y tient pas; il frissonne, il sue Troid, se cabre... L'homme, accroupi entre les feux, s'il peut en allumer, garde à peine la force d'alimenter ce rempart de lumière qui seul protège sa vie.

La nuit es( tout aussi terrible pour l'oiseau, même en nos climats qui sembleraient moins dangereux. Que de monstres elle rache, que de chances eiTrayanles pourlui dans son obscurité ! Ses ennemis nocturnes ont cela de commun, qu'ils arrivent sans l'aire aucun bruit. Le chathuaiit vole d'une aile silencieuse, comme éloupée de ouate. La longue belette s'insinue au nid, sans frùler une feuille. Le fouine ardente, altérée do sang chaud, est si rapide, qu'en un moment elle saigne et parents et petits, égorge la Tamille entière.

Il semble que l'oiseau, quand il a des enfants, ail une seconde vue de cesdangers.il a à protéger une famille plus faible, plus dénuée encore que celle du quadrupède dont le petit marche en naissant. Mais quelle protection? il ne peut guère que rester et mourir; il ne s'envole pas : l'amour lui a cassé les ailes. Toute la nuit, rëlroîte entrée du nid est gardée par le père, qui ne dort ni ne veille, qui tombe de fatigue et présente au danger son faible bec et sa tète branlante. Que sera-ce s'il voit apparaître la gueule énorme du serpent, l'œil horrible de l'oiseau de mort, démesurément agrandi?

Grande pour tons les êtres est la tristesse du soir, et même pour les protégés. Les peintres hollandais^ l'ont bien naïvement saisie et e:tprimée pour les bestiaux laissés dans les prairies. Le cheval se rapproche volontiers de son compagnon, pose sur lui sa tête, La vache revient

ANTHOLOGIE. il

à la barrière suivie de son petit, et veut retourner à Tétable. Car ceux-ci ont une étable, un logis, un abri contre les embûches nocturnes. L'oiseau, pour toit, n'a qu'une feuille !

Quel bonheur aussi, le matin, quand les terreurs s'enfuient, que l'ombre disparaît, que le moindre buisson s'éclaire et s'illumine ! quel gazouillement au bord des nids, et quelles vives conversations ! C'est comme une félicitation mutuelle de se revoir, de vivre encore. Puis commencent les chants. Du sillon, l'alouette va montant et chantant, et elle porte jusqu'au ciel la joie de la terre.

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