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Pages choisies

Un correspondant de l'Hermine, revue bretonne de Rennes, écrivait, après avoir lu Choses d'Autrefois par M. Ernest Gagnon : "Ce sont les souvenirs intimes d'un excellent et charmant li o m me. Je ne le connais pas, mais j'en suis sûr. Un vrai Canadien, bon catholique et bon Français . . . "

Lorsque parurent les Feuilles Volantes et Pages d'Histoire, le même critique les appréciait dans ces termes également sympathiques : " Quel aimable cicérone, quel solide grammairien, quel historien renseigné (je ne dis pas averti ! ), quel musicographe disert, quel héraldiste érudit ! Et je n'ai pas énuméré toutes les qualités de ce bon Français, de ce Canadien qui écrit, en meilleur français que nous, ces aimables chroniques canadiennes sur la vie passée et sur la vie actuelle. . . "

Puis, faisant allusion au mot d'adieu glissé par M. Gagnon dans sa préface : " Non, cher

cousin de là-bas, ajoutait-il, que ce ne soit pas votre dernier livre ! "

Ce voeu, maintes fois exprimé par des écrivains d'outre-mer et par des lettrés de notre pays, reçoit sa réponse dans la publication du présent recueil, où V auteur se survit à lui-même et où se retrouve le parfum délicat de quelquesunes des meilleures pages de ses oeuvres. Il en avait commencé la préparation. Des indications précieuses, des notes écrites en marge de ses livres, ont guidé la main filiale à laquelle il avait confié la tâche qu'il pressentait ne pouvoir achever.

Lorsque M. Ernest Gagnon avait publié ses deux recueils de souvenirs intimes, il avait prévenu les lecteurs que ces " feuilles éparses, — choix d'articles déjà parus, mais éparpillés, deci de-là, dans un certain nombre de journaux et de revues — avaient été réunies et livrées à rim primeur sans ordre de dates ni de sujets." M . Charles Gailly de Taurines écrivait, dans le courrier littéraire du Paris-Canada (le 15 mai 1905), après avoir signalé " le patriotisme profond, l'invincible attachement au sol, aux traditions, aux croyances des ancêtres " qui se dégageaient des pages qu'il venait de lire : " Ces sentiment 8-là sont connue le robuste ciment qui

forme la cohésion du livre, et M. Gagnon n'eût pas eu besoin, par son sous-titre : Feuilles éparses, d'expliquer, d'excuser presque cette réunion d'articles divers: sa plume les éparpilla, mais ils sont réunis par son coeur et c'est là la véritable unité, devant laquelle n'ont qu'à s'incliner toutes les règles de la rhétorique."

Les Pages Choisies sont la réédition partielle de Choses d'Autrefois, paru en 1905 et épuisé depuis quelques années déjà, et de Feuilles Volantes publié en 1910. En glanant dans d'autres ouvrages de M. Gagnon, en exhumant de ses casiers quelques articles d'un passé lointain ainsi que des feuillets dispersés, puis en ajoutant des écrits plus récents à ceux qu'il avait déjà réunis en volume, le livre d'au jour d'hui présente un heureux mélange d'ancien et de nouveau.

Offert à toutes les classes de lecteurs, voire même aux aimables lectrices dont plusieurs retrouveront d'agréables souvenirs dans les réminiscences de l'auteur, ce livre est plus spécialement destiné à la jeunesse étudiante de nos collèges et à la jeunesse militante de nos cercles d'étude et de nos associations patriotiques. Il se termine par des conseils donnés à la génération qui nous a précédés, et dont l'écho, réper-

cuté après bientôt un demi-siècle, parle encore un langage d'actualité.

M. Gagnon déclarait lui-même avoir rejeté dans V oubli " des pages trop arides, des articles de polémique trop vifs pour être publiés après la bataille". S'il se trouve des chapitres un peu moins attrayants que d'autres, c'est l'importance de leur vérité historique, ou encore leur opportunité dans V effort actuel pour la conservation de notre langue qui leur a donne place dans ce dernier recueil. Le livre sera bien apprécié, sans doute, parce qu'il reflète l'aimable personnalité d'un auteur populaire et regretté, et qu'ci travers ses pages, l'art, l'histoire et la littérature s'enchaînent harmonieusement.

Québec, 31 mai 1916.

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