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Partout, en Canada, on emploie le mot anglais castor pour le mot " ricin ", Ainsi on dit " huile de castor " 1 pour huile de ricin, une huile végétale ! C'est une des curiosités de notre langage. Elle est absolument incompréhensible pour un Français, de même que certains mots tirés de l'idiome indien, comme micouenne, cuiller de bois, et babiche, fine lanière en cuir dont se servent les cordonniers.

Puisque je suis en veine de faire de l'érudition, disons, en passant, que le mot " cordonnier " — autrefois cordouanier — ne vient pas de " cordon " mais de " Cordoue ", ville d'Espagne. On donnait ce nom de cordouanier aux fabricants d'une variété de chaussures, en cuir de Cordoue, fort à la mode à Paris au XVe siècle.

Montcalm écrivait, le 13 mai 1756, après avoir parcouru, en voiture, la distance qui sépare Saint-Joachim de Québec : " J'ai observé que les paysans canadiens parlent bien le fran-

I. Ne pas confondre avec la castorine connue chez le populaire sous le nom d'huile de rognons de castor.

çais, et comme sans doute ils sont plus accoutumés à aller par eau que par terre, ils emploient volontiers les expressions prises de la marine."

(Et Montcalm lui-même écrivait, un peu plus tard, à ]a supérieure de l'Hôtel-Dieu de Québec, pour la prier d'envoyer en France du " suc " d'érable dans une caisse " bien amarrée."}

De ce témoignage du " grand vaincu " des Plaines d'Abraham, il résulte que, si nous pouvons résister h l'invasion des anglicismes et garder fidèlement notre langage d'autrefois, nous aurons combattu un bon combat, et serons réellement de grands vainqueurs. Pour cela il ne faudra guère compter que sur nous-mêmes : nos aimables visiteurs du pays de nos ancêtres n'ont pas, d'ordinaire, assez la crainte des néologismes pour nous aider dans nos résistances.

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