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FERDINAND BRUNETIÈRE ORATEUR

cription quelconque, me disait-il. Je suis par mes origines Breton et Toulonnais ; je ne voudrais accepte»1 un mandat que dans l'une des deux régions où j'ai mes attaches naturelles ; et je n'y vois pas de siège que je puisse briguer. » Faut-il regretter que cette expérience n'ait pas été faite? Il eût repris au Parlement la place d'un Dufaure. Mais Brunetière y fût-il resté Brunetière, tout d'une pièce dans ses doctrines, puissant quand même dans son isolement, modéré avec des pointes subites vers les directions où on l'attendait le moins? Je l'ai connu un temps tout près de donner dans un socialisme théorique très accentué. Pourquoi pas? Alceste serait peut-être aujourd'hui socialiste. Comme sur la plupart des grands autoritaires, les suggestions adroites avaient d'autant plus de prise sur l'obstination de Brunetière qu'il ne se savait pas impressionnable et ne se croyait pas malléable ; les habiles l'influençaient sans trop de peine et sans qu'il en eût conscience. Se fût-il prêté aux compromissions, aux maquignonnages, aux abdications partielles de son opinion sous la discipline" d'un parti, bref à toutes les usures de la personnalité, sinon de la dignité humaine, qui assurent seules une action efficace dans les Chambres ? Eût -il résisté à cette lente désagrégation de la volonté individuelle par la collectivité parlementaire qui est le phénomène caractéristique des Assemblées? Vaines questions : sa bonne étoile lui a épargné l'épreuve où un redoublement de pessimisme eût fait payer trop cher à notre ami la rançon de ses triomphes oratoires.

(Revue des Deux Mondes, 1er janvier 1907.)

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