‹ Pages choisiesChapitre 7 sur 141 · PAYS NATAL · texte numérisé non relu

PAYS NATAL

Enfant, j'ai dû aux tombeaux, aux aqueducs, aux amphithéâtres de notre Gaule latine les premières secousses de l'âme, celles que donnent les visions d'un grand passé mort, dans la fête de la vie terrestre, dans l'énergie d'un ciel en feu ; depuis lors, les hasards d'une existence errante ont fait relever des visions pareilles sous mes pas, au Colisée, à l'Acropole, dans les ruines d'Éphèse et de Baalbeck, sous les pylônes de Louqsor et sous les coupoles de Samarcande ; j'ai admiré partout, mais je n'ai retrouvé nulle part l'ivresse toute neuve, l'éblouissement laissé dans mes yeux par les reliques de Provence, par les blocs romains tremblants à midi dans la vapeur d'or, sur le pâle horizon d'oliviers d'où monte la plainte ardente des cigales.

(Discours de réception à V Académie française, prononcé le 6 juin 1889.)

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