MÊME SUJET. LE MATIN
Je me levais tous les matins avant le soleil, je montais par un verger voisin dans un très joli chemin qui était au-dessus de la vigne et suivait la côte jusqu'à Chambéry. Là, tout en me promenant, je faisais ma prière, cjui ne consistait pas en un vain balbutiement de lèvres, mais dans une sincère élévation de cœur à l'auteur de cette aimable nature dont les beautés étaient sous mes yeux. Je n'ai jamais aimé à prier dans la chambre, il me semble que les murs et tous ces petits ouvrages des hommes s'interposent entre Dieu et moi. J'aime à le contempler dans ses œuvres tandis que mon cœur s'élève à lui. Mes prières étaient pures, je puis le dire, et dignes par là d'être exaucées. Je ne demandais, pour moi et pour celle dont mes vœux ne me séparaient jamais, cju'une vie innocente et trancjuille, exempte du vice, de la douleur, des pénibles besoins,
1. Domestique, nom collectif : les gens de service d'une maison.
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la mort des justes et leur sort dans l'avenir. Du reste, cet acte se passait plus en admiration, en contemplalion, qu'en demandes, et je savais qu'auprès du dispensateur des vrais biens, le meilleur moyen d'obtenir ceux qui nous sont nécessaires est moins de les demander que de les mériter. Je revenais, en me promenant, par un assez grand tour, occupé à considérer avec intérêt et volupté les objets champêtres dont j'étais environné, les seuls dont l'œil et le cœur ne se lassent jamais. (Confessions, l, vi.)