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PASSE-TEMPS RUSTIQUE

Scène de la vie patriarcale telle que Rousseau la rêve aux champs, entre maîtres et serviteurs. C'est l'âge d'orque l'écrivain veut ramener sur la terre, et il entre beaucoup d'antiquité dans son illusion. (Voir notamment Virgile, fin du II" livre des Géorgiques.)

Derrière la maison est une allée couverte dans laquelle on a établi la lice des jeux : c'est là que les

1. On voit comment chez Piousseaii tout enveloppe une question morale ou s'y ramène. Il dit par exemple, un peu plus bas :

« les gens si riches qui font tic

si beaux jardins ont de fortï bonnes raisons pour n'aimer guère à se promener tout seuls, oii à se trouver vis-à-vis d'euxmêmes. »

g^cris de livrée et ceux de la basse-cour se rassemblent en été, le dimanche, après le prêche, pour y jouer, en plusieurs parties liées, non de l'argent, on ne le souffre pas, ni du vin, on leur en donne, mais une mise fournie par la libéralité des maîtres. Cette mise est toujours quelque petit meuble ou quelque nippe à leur usage. Le nombre des jeux est proportionné à la valeur de la mise; en sorte que, quand cette mise est un peu considérable, comme des boucles d'argent, un porte-col, des bas de soie, un chapeau fin, ou autre chose semblable, on emploie ordinairement plusieurs séances à la disputer. On ne s'en tient point à une seule espèce de jeu ; on les varie, afin que le plus habile dans un n'emporte pas toutes les mises, et pour les rendre tous plus adroits et plus forts par des exercices multipliés. Tantôt c'est à qui enlèvera à la course un but placé à l'autre bout de Favenue; tantôt à qui lancera le plus loin la même pierre; tantôt à qui portera le plus longtemps le même fardeau; tantôt on dispute un prix en tirant au blanc. On joint à la plupart de ces jeux un petit appareil qui les prolonge et les rend amusants. Le maître et la maîtresse les honorent souvent de leur présence : on y amène quelquefois les enfants ; les étrangers même y viennent, attirés par la curiosité, et plusieurs ne demanderaient pas mieux que d'y concourir; mais nul n'est jamais admis qu'avec l'agrément des maîtres et du consentement des joueurs, qui ne trouveraient pas leur compte à l'accorder aisément. Insensiblement il s'est fait de cet usage une espèce de spectacle, où les acteurs, animés parles regards du public, préfèrent la gloire des applaudissements à l'intérêt du prix. Devenus plus vigoureux et plus agiles, ils s'çn estiment davantage; et, s'accoutumant à tirer leur valeur d'eux-mêmes plutôt que de ce qu'ils possèdent, tout valets qu'ils sont, l'honneur leur devient plus cher que l'argent. {Nouvelle Hcloïne,. IV, x.)

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