Rappelons que, pour Rous
seau, il ne faut pas raisonner avec le petit enfant : un oui ou un non doit suffire.
par l'espérance. Tout le monde sait l'adresse d'un jeune garçon soumis à cette loi, lequel, ayant été oublié à table, s'avisa de demander du sel, etc. Je ne dirai pas c|u'on pouvait le chicaner pour avoir demandé directement du sel et indirectement de la viande J l'omission était si cruelle, que, quand il eût enfreint ouvertement la loi et dit sans détour qu'il avait faim, je ne puis croire qu'on l'en eût puni. Mais voici comment s'y prit, en ma présence, une petite fille de six ans dans un cas beaucoup plus difficile ; car, outre qu'il lui était rigoureusement défendu de demander jamais rien ni directement ni indirectement, la déso béissance n'eût pas été graciable, puisqu'elle avai mangé de tous les plats, hormis un seul, dont on avai oublié de lui donner, et qu'elle convoitait beaucoup.
Or, pour obtenir qu'on réparât cet oubli sans qu'on pût l'accuser de désobéissance, elle fit en avançant son doigt la revue de tous les plats, disant tout haut, à mesure qu'elle les montrait : J'ai inanijê de m, fai mangé de ça : mais elle affecta si visiblement de passer sans rien dire celui dont elle n'avait point mangé, que quelqu'un s'en apercevant lui dit : Et de cela, en avezvous mangé? Oh! non, reprit doucement la petite gourmande en baissant les yeux. Je n'ajouterai rien; comparez : ce tour-ci est une ruse de fille, l'autre est une ruse de garçon. {Emile, IV.)